Longtemps, Haendel est resté l'homme d'une seule œuvre. Prodigieusement populaire dans les pays anglo-saxons, Messiah – Le Messie – était peu connu, et moins apprécié encore, des Français. Le compositeur souffrait d'avoir été l'exact contemporain de Jean-Sébastien Bach, que les commentateurs présentaient dans sa double gloire de musicien spirituel et de savant chercheur, créateur d'une musique « pure ». Avec le renouveau d'intérêt qui entoure aujourd'hui la culture « baroque » apparaît enfin la grandeur d'une œuvre qui, donnée en concert ou enregistrée, sort de l'ombre et reçoit un accueil enthousiaste. Pourtant, un public féru d'interprétations nouvelles et de virtuosité ne distingue pas toujours ce qui sépare ce musicien de la grande famille des compositeurs d'opéras qui peuplent les corridors de l'histoire du xviiie siècle.
Un constat s'impose : Haendel vit sa musique de façon exceptionnelle. Son art est pour lui tout à la fois le but de sa vie et le moyen de satisfaire un appétit de gloire presque sans limite. Compositeur hors normes, il est aussi un aventurier dont la carrière se mesure en terme de succès et d'échecs matériels. Un étrange parcours coupé de brusques ruptures fera de ce jeune Allemand le grand maître de l'opéra italien, puis le champion d'un oratorio auquel il donnera une forme neuve.
1. Jeunesse d'un héros
L'Europe du xviiie siècle ne se soucie guère de l'orthographe des noms propres, surtout lorsqu'il s'agit de noms étrangers, dont chacun donne une transcription phonétique approximative. Italie, Allemagne ou Angleterre, nous connaissons une douzaine de graphies différentes des noms et prénoms du musicien ; si chacune d'elles a sa logique, son emploi est le plus souvent un fait de hasard. Nous avons choisi de donner à Haendel l'orthographe qu'avait retenue le plus célèbre de ses biographes français, Romain Rolland
Georg Friedrich Haendel naît à Halle, le 23 février 1685. Un grand-père pasteur, un père barbier-chirurgien de quelque renom, rien dans la tradition familiale ne prédispose le jeune garçon à devenir musicien. On connaît la légende : un enfant prodige joue […]
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