3. Une nouvelle carrière
L'instrument du succès sera l'oratorio. Ce changement d'activité procède pour une part d'une démarche spirituelle ; il correspond aussi à une analyse précise du marché de la musique à Londres. L'oratorio coûte moins à produire que l'opéra : ni décors ni machines, de solides voix anglaises au lieu des vedettes capricieuses importées d'Italie. Il touche une clientèle plus large : cette bourgeoisie londonienne faite de gros commerçants ignorant l'italien mais qui préfèrent écouter dans un langage qu'ils comprennent de belles histoires tirées de la Bible ou de la mythologie classique. Ajoutons que l'oratorio n'est pas, comme l'opéra, interdit pendant le carême. Les conditions du succès commercial sont réunies.
Toutefois, la reprise est difficile. Si quelques succès importants et la publication de plusieurs recueils de musique instrumentale mettent le musicien à l'abri du besoin immédiat, ils ne lui rendent pas la place éminente qui a été la sienne. Ainsi Le Messie, applaudi à Dublin en avril 1742, est boudé à Londres. Curieusement, c'est la politique qui donnera à Haendel l'occasion de sa rentrée en scène définitive.
En 1745, Charles Édouard Stuart, prétendant remettre sa famille sur le trône et chasser le roi hanovrien George II, débarque en Écosse, lève une armée avec l'appui de la France et la dirige vers les comtés du sud de l'Angleterre. L'émotion et la peur sont fortes à Londres. Haendel se place résolument dans le camp loyaliste. En 1746, un Occasional Oratorio, oratorio de circonstance, est suivi, la paix revenue, d'un Judas Maccabaeus en l'honneur du duc de Cumberland, vainqueur des Écossais à Culloden. Transformé en chantre national, le musicien reconquiert d'un coup la faveur du public.
Jusqu'à la fin de sa vie, celle-ci ne lui fera plus défaut. Homme apaisé, Haendel partage son énergie entre la musique et la philanthropie. Solomon, Susanna, Theodora sont les jalons d'un automne doré. Le ton change avec Jephta, composé en 1751. Le malheur a rattrapé le vieil homme qui découvre, alors qu'il travaille à son oratorio, que sa vue s'en va. Une opération manquée, et Haendel s'enfonce dans une nuit de plusieurs années. Il mourra le Vendredi saint 13 avril 1759 et sera enterré à Westminster.
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