4. La manière haendélienne
Notre indifférence à l'œuvre haendélienne contraste avec l'admiration que lui ont portée les musiciens qui furent ses successeurs immédiats. Entendant Le Messie au cours d'un de ses voyages londoniens, le vieux Haydn découvre des voies nouvelles qui le conduiront aux deux grands oratorios, La Création et Les Saisons. Mozart transcrit Haendel, « celui d'entre nous qui sait le mieux ce qui fait grand effet [...]. Quand il le veut, il frappe comme le tonnerre ». Beethoven dit de Haendel qu'il est « le plus grand, le plus savant compositeur qui ait jamais vécu », et ajoute : « Je voudrais me découvrir et m'agenouiller devant sa tombe. » Avec eux, Chopin, Schubert, Schumann et Mendelssohn ont mieux reconnu que nous la grandeur de Haendel.
Notre erreur vient peut-être de ce que nous avons écouté Haendel sans nous soucier de son aventure. De fait, son style est le produit nécessaire de son étonnant parcours professionnel. Voyageur européen doté d'un formidable appétit, il nourrit son langage de compositeur du parler des pays qu'il traverse ; entrepreneur, il utilise son génie musical comme un instrument de promotion économique et mondaine ; farouchement ambitieux, il s'affranchit des contraintes sociales qui pèsent sur sa profession ; ce faisant, il invente des formes nouvelles et crée un langage qui n'appartient qu'à lui.
Les années allemandes de Haendel ont été des années de formation, où il n'y a de place que pour un travail d'apprenti. Ce sont pourtant des années riches ; le jeune homme y a appris les fondements irremplaçables de son métier : une solide connaissance des techniques de l'harmonie, le goût des sonorités instrumentales, un sens très sûr du coloris musical. La fermeté de ces bases donne à toute son œuvre une assise qui manque souvent à ses rivaux. Ajoutons qu'il gardera jusqu'à la fin de ses jours des réflexes musicaux dont la source doit être cherchée dans le souvenir des mois passés à la Marienkirche de Halle, notamment l'habitude d'enrichir […]
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