2. La foi et la présence aux autres
Second champ d'approfondissement : la destinée humaine vécue en communauté. « Conscience de participer ensemble à une certaine aventure unique, à un certain mystère central et indivisible de la destinée humaine. » Ensemble nous sommes appelés à vivre, à aimer et être aimés, « à souffrir, à décliner, à mourir ». L'existence commune est une sorte de ténèbre. Si fort est le sentiment d'avoir à partager une destinée mortelle qu'il aura poussé Gabriel Marcel à explorer les ressources supposées du métapsychique. Pourtant, chez ce converti, « cerné, submergé par le christianisme », chez ce catholique romain baptisé à quarante ans, c'est dans la foi au Dieu de l'Évangile que se consomment les mystères de la destinée tragique des hommes, plus d'ailleurs que ne s'y résolvent ses problèmes. Troisième thème, distinct des autres ? Non, dès lors que nos rapports avec Dieu sont à penser, selon Gabriel Marcel, sur le modèle des relations interpersonnelles. La foi est fidélité, qui nous engage dans un dialogue où Dieu garde l'initiative. Dieu est le « Toi absolu », suscitant toutes les consciences et les éveillant amoureusement à la liberté. Il faut aimer ce Dieu non point contre, mais à travers le créé, dans l'absolue disponibilité en quoi consiste la charité : « Je me demande si on ne pourrait pas définir la vie spirituelle tout entière comme l'ensemble des activités par lesquelles nous tentons de réduire en nous la part de l'indisponibilité », de nous désencombrer de nous-mêmes. Ce dernier point commande l'éthique marcellienne. Un tel programme de présence aux autres est difficile à réaliser dans l'espace et dans le temps, qui sont des « formes de la tentation ». L'autosuffisance, la dispersion, l'excès de confiance dans les techniques dressent Les hommes contre l'humain – titre d'un essai négatif et sévère. Difficile est la réponse à cette vocation éveillant une personnalité à partir d'une destinée. Cette tâche s'accomplit dans un monde cassé, où […]
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