3. Naissance d'un cinéma d'auteur
On a longtemps mis en avant un cinéma de lettrés, né d'une réflexion dominée par l'œuvre écrite de Louis Delluc. Ce cinéma, quelques dizaines de films réalisés par Delluc lui-même (Fièvres en 1921, La Femme de nulle part en 1922), par Germaine Dulac (La Fête espagnole en 1919, d'après un scénario de Delluc), par Jean Epstein (Cœur fidèle, La Belle Nivernaise, tous deux en 1923), a été qualifié d'« avant-garde ». Il a marqué aussi une saison dans l'œuvre de deux réalisateurs majeurs du cinéma français qui avaient débuté pendant la guerre, Abel Gance et Marcel L'Herbier (1888-1979). Leurs films cherchent à inscrire des personnages complexes dans un environnement (l'espace, la lumière) qui rende compte de leur psychologie. L'avant-garde impose un cinéma soucieux de la forme. Cinéma élitaire, marginal sans doute, brocardé ou admiré, dont l'influence épisodique marquera le cinéma français jusqu'à Alain Resnais ou Marguerite Duras.
Cassée par la mort prématurée de Louis Delluc, cette forme de cinéma ne représente toutefois qu'une part infime de la production des années 1920-1930. Un autre foyer singulier a été celui des Russes de Montreuil. En 1919, une colonie d'émigrés russes conduits par le producteur Joseph Ermolieff s'est installée dans un ancien studio Pathé. Elle est devenue, en 1923, Albatros Films. En 1929, l'entreprise avait produit une cinquantaine de films. Marcel L'Herbier, avec Feu Mathias Pascal en 1924, Jacques Feyder (1885-1948), avec Gribiche en 1925, y ont donné quelques-uns de leurs meilleurs films. René Clair (1898-1981), qui avait débuté sous le signe de l'avant-garde, y réalise les comédies qui le révèlent au grand public, Un chapeau de paille d'Italie (1928) et Les Deux Timides (1929). Ermolieff et Albatros avaient produit surtout des films « russes », dirigés notamment par Alexandre Volkoff, avec des acteurs et des auteurs venus ensemble de Moscou, dont la perfection technique et l'élégance ont marqué le cinéma français. Kean (1923) et Casanova (1927), interprétés par Ivan Mosjoukine, en sont des témoignages majeurs. L'apport des décorateur […]
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