Le cinématographe, tel que le concevait Louis Lumière, était d'abord une curiosité scientifique, un instrument de laboratoire, une sorte de jouet perfectionné, quelque peu magique, certes, mais ne pouvant guère dépasser le stade expérimental. De la photographie en mouvement, ni plus ni moins. De l'art, peut-être, mais non du spectacle, qui suppose une complicité avec le public, un rituel, qui implique le truquage et l'illusion, fondements de toute représentation. Il fallait, pour passer de l'un à l'autre, non plus un homme de science mais un prestidigitateur, un magicien, ayant l'expérience et le génie des planches : ce fut Méliès.
Contemporain des frères Lumière, Georges Méliès part du principe que ce miroir de la réalité qu'était alors le cinéma (« la nature prise sur le vif », disaient avec orgueil ses inventeurs) devait devenir un tremplin de l'illusion. Les opérateurs Lumière parcouraient le monde à la recherche d'images lointaines : lui s'enferme dans son studio de Montreuil, spécialement édifié pour la circonstance, dispose devant la caméra des décors de toile peinte, s'en va à la quête de l'artificiel, du saugrenu, de l'insolite. Chez Lumière, la véracité des image […]
