2. Quelques exemples
Des scènes comiques s'inséraient dans le théâtre religieux – les diables dans Le Jeu d'Adam ou les scènes de taverne dans le Jeu de saint Nicholas –, mais les premières farces dramatiques et indépendantes sont Le Garçon et l'aveugle et Courtois d'Arras (apr. 1266). Cette pièce n'a que 265 vers, et la plupart des farces sont assez courtes. Mieux connues sont certaines du xve siècle, par exemple le Cuvier, où l'on voit clairement que le rôle d'un auteur est aussi le rouleau de papier ou de parchemin qui contient les vers qu'il prononce. La plus célèbre est la Farce de maître Pierre Pathelin. Ce texte, qu'on a dit digne de Molière, est appelé parfois une vraie comédie. Plus longue que toutes les autres farces (elle a 1 599 vers), elle présente Pathelin, un avocat sans cause, qui persuade un drapier de lui vendre six aunes de drap qu'il paiera au jour du Jugement. Quand le drapier se rend à la maison de Pathelin pour demander son argent, ce dernier feint le délire et lui parle en « divers langages ». Le drapier part, mystifié, puis arrive Thibault Aignelet, un berger. Son maître, qui n'est autre que le drapier, l'accuse d'avoir volé ses brebis. Pathelin défend le berger devant le juge et lui conseille de répondre à toute question en poussant le cri « bée ». Le drapier reconnaît Pathelin, et confond ses deux plaintes, les brebis volées et les moutons tués. Le juge, malgré sa patience, ne parvient pas à comprendre, et déclare que le berger n'est pas coupable. Quand enfin Pathelin demande ses honoraires, le berger le paie, à son mot, en ne lâchant que « bée ».
On voit dans Pathelin l'étude approfondie des personnages, le conflit des caractères, les jeux de théâtre, le comique des mots et même des vers qui sont passés dans la langue proverbiale : par exemple « Revenons à ces moutons » (v. 1292). Le mérite littéraire de cette farce est incontestable et peu importe que nous n'en connaissions pas l'auteur. On a suggéré les noms de Villon, d'Antoine de la Salle et, plus sérieusement, de Guillaume Alexis. La vérité est qu'on ne sait pas qui a composé ce chef-d'œuvre, écrit, selon toute probabilité, vers 1463.
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