Erich Mendelsohn est, avec Bruno Taut, Walter Gropius ou Ludwig Mies van der Rohe, l'un des architectes allemands qui contribuèrent à la formation des courants modernistes de l'architecture européenne. Comparée à ses nombreux projets et réalisations, à son parcours intellectuel (les livres et les nombreux textes dans lesquels il explicite ses positions font de lui un important théoricien), la fortune critique de Mendelsohn semble pourtant paradoxale : dès 1920, son travail est l'objet de monographies et il exerce une influence en Allemagne, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne ou aux États-Unis ; mais masqués par une réalisation précoce à la fois emblématique et réductrice (la tour Einstein construite à Potsdam en 1920-1922), l'importance et la complexité de son œuvre ont été notablement amoindries par certains historiens de l'architecture moderne, qui y voyaient un « manque de pureté » et des « anomalies » (Henry-Russel Hitchcock) ou l'excluront totalement (Sigfried Giedion) ; en revanche Bruno Zevi le considérera comme une des figures de référence, avec Wright, dans sa lecture d'une architecture « organique ».
1. Visions expressionnistes et dynamiques
Né en Prusse orientale en 1887, Mendelsohn reçoit entre 1908 et 1912 une formation d'architecte à Berlin puis à Munich. Avant la Première Guerre mondiale, il aurait surtout travaillé dans le milieu du théâtre et commence son intense activité de dessinateur. Ses esquisses exécutées très rapidement à l'aide de quelques traits à l'encre ou au crayon sont les transcriptions de visions intérieures, dans une conception de l'architecture à la fois individuelle, résolument artistique et en quête de l'expression d'une « tension » nouvelle, liée au monde industriel moderne. Il participe à la guerre, d'abord sur le front russe puis sur le front français, multipliant dessins et réflexions théoriques (ses lettres à Luise, son épouse depuis 1915, sont d'un grand intérêt ; elles ont été publiées par le critique Oskar Beyer en 1961). Le dessin constituera d […]
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