« J'ai renoncé à inventer une nouvelle architecture tous les lundis matin », répondit Mies van der Rohe à qui lui rapportait l'étonnement des Berlinois devant le plan de la Nationalgalerie, si semblable à leurs yeux à celui du bâtiment administratif de la société Bacardi à Santiago de Cuba. Cela n'est évidemment pas un aveu d'impuissance, mais tout au contraire l'affirmation de ce que nécessite, à son sens, l'architecture : continuité, longue patience, recherche sans fin de la perfection. En effet, si les problèmes et les thèmes que Mies van der Rohe a abordés sont ceux mêmes des architectes de sa génération qu'on devait appeler fonctionnalistes, c'est sans doute plus sa ténacité à explorer ces problèmes, à leur apporter des solutions sans cesse affinées que sa participation à l'élaboration de cette problématique et de cette thématique qui apparaît comme un des traits spécifiques de son architecture.
1. Architecture et industrialisation
« Nous rejetons toute spéculation esthétique, toute doctrine et tout formalisme », écrit Mies van der Rohe dans ses thèses publiées, en mai 1923, dans le premier numéro de G, revue à laquelle il collabore. Ce qui n'est nullement rejeter l'idée de forme ; en 1927, il écrit au docteur Rizler : « Je ne m'oppose pas à la forme, mais seulement à la forme comme but. » Celle-ci ne peut être que le résultat d'un processus rationnel, dominé par l'architecte : « Une identité totale entre forme et construction, telle est la condition sine qua non de toute architecture », écrit Ludwig Hilberseimer dans le no 3 de G. « La forme sera ce que la feront les tâches à accomplir avec les moyens de notre époque. » Au-delà du déterminisme fonctionnel suggéré par cette formule, mais démenti par toute la volonté perfectionniste de Mies van der Rohe élevée au niveau d'un principe, il reste qu'une des données de son époque est l'industrialisation, qu'il voit dans celle-ci le « nœud du problème » et qu'il s'est fait le propagandiste zélé de l'industrialisation de l […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



