Le mathématicien français Charles Émile Picard fut un analyste profond et inspiré, un travailleur infatigable et un professeur captivant. Trois guerres le frappèrent durement, mais sa carrière ne compta que des succès rapides : agrégé et docteur la même année, à vingt et un ans ; professeur à la Sorbonne à vingt-cinq ans, membre de l'Académie des sciences à trente-trois ans ; secrétaire perpétuel de cette académie pendant près d'un quart de siècle, il connut encore, en 1924, l'honneur de représenter la science à l'Académie française.
L'œuvre de Picard n'est dépassée en importance que par celle de son génial contemporain Henri Poincaré : la liste de ses publications dans les périodiques scientifiques compte plus de trois cents titres ; les résultats qu'il obtint lui-même et les recherches qu'il suscita sont également remarquables.
1. Les théorèmes de Picard en théorie des fonctions
Le plus célèbre théorème de Picard figure dans une note aux Comptes rendus de l'Académie des sciences (C.R.A.S.), datée du 19 mai 1879, sous sa forme primitive, et dans les Annales de l'École normale supérieure de 1880 sous la forme suivante : Si z0 est point singulier essentiel isolé de la fonction méromorphe f, celle-ci, dans un voisinage de z0, ne peut omettre que deux valeurs au plus. La beauté du résultat, le meilleur possible comme le montre l'exemple simple f (z) = th z, z0 = ∞, est encore rehaussée par une démonstration savante et merveilleusement habile, où le but est atteint alors qu'il semble lointain.
Aucun théorème sans doute ne fut plus stimulant pour la théorie des fonctions : on chercha une démonstration plus directe ; on remplaça les points où f prend une valeur donnée par ceux où f et une fonction algébrique donnée ont une valeur commune ; on restreignit le voisinage de z0 à un angle de sommet z0 ; enfin on affina le théorème en ajoutant à l'alternative « f prend ou omet la valeur a » une évaluation de |f (z) − a|, ce qui mena le Finlandais Rolf Nevanlinna à remplacer la notion de valeur omise par celle, plus nuan […]
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