Homme de théâtre venu tardivement au cinéma, Elia Kazan s'est cependant imposé comme le cinéaste le plus lyrique (avec Nicholas Ray) du cinéma américain des années d'après guerre ; ses héros, indécis, violents, tourmentés, sont parmi les plus attachants que le cinéma américain nous ait donnés à voir, et son influence est décelable chez des artistes aussi différents qu'Arthur Penn ou Michael Cimino.
1. De la Turquie à Broadway
Elia Kazan est né en 1909, en Turquie, d'une famille grecque installée en Anatolie. Son père vient d'un milieu modeste, sa mère d'une famille de commerçants aisés et cultivés. En 1913, son oncle Joe Kazan, négociant en tapis aux États-Unis (America, America retracera son histoire), y fait venir toute sa famille : Elia Kazan arrive à New York. Son père acquiert une certaine aisance dans le commerce des tapis, mais se trouve ruiné par la crise de 1929 ; le jeune homme devra alors effectuer divers travaux (il sera notamment serveur) pour terminer ses études à Williams College. C'est à cette époque qu'il découvre le cinéma (en particulier Eisenstein et Potemkine, mais aussi Dovjenko), qu'il s'inscrit au Parti communiste et qu'il refuse de devenir commerçant comme son père. Il entre à la Yale Drama School et s'y familiarise avec tous les emplois du théâtre (il est tour à tour éclairagiste, décorateur, régisseur) ; il écrit lui-même de courtes pièces.
En 1932 commence pour lui l'expérience du « Group Theater ». Sous la direction de Lee Strasberg, il s'y familiarise avec la « méthode » de Stanislavski : approche psychologique des rôles, mise en scène physique, utilisation et contrôle de l'inconscient. Chaque geste de l'acteur doit correspondre à un mouvement psychologique précis, et le personnage interprété est construit peu à peu par l'accumulation de ces gestes. Au Group Theater, Kazan joue dans de nombreuses pièces (notamment celles de son ami Clifford Odets) et se fait le défenseur d'un théâtre politique et social. En 1934, il effectue sa première mise en scène de théâtre (Di […]
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