3. « Tout le monde a ses raisons »
À partir de Viva Zapata, Kazan, désormais maître de son écriture cinématographique, peut utiliser la caméra à son gré. La période, douloureuse pour lui, des années 1952-1954, l'a délivré de tout manichéisme : il sait désormais que – selon les leçons de J. Renoir et de La Règle du jeu, qu'il admirait fort – « tout le monde a ses raisons », et que tout acte peut être considéré sous divers aspects ; c'est ce qui donne à ses films suivants leur tension et leur frémissement. La série de ses chefs-d'œuvre s'ouvre en 1955 avec À l'est d'Éden (film mythique qui fournit à James Dean son premier et son meilleur rôle), suivi de Baby Doll (1956, sur un scénario de Tennessee Williams), Un homme dans la foule (1957), Le Fleuve sauvage (1959, considéré par Marguerite Duras comme l'« une des plus belles histoires d'amour montrées au cinéma »), La Fièvre dans le sang (1961, peut-être son chef-d'œuvre), America, America (1964, l'histoire de son oncle Joe Kazan et de son départ de la Turquie pour les États-Unis), L'Arrangement (1969), Les Visiteurs (1972, de jeunes Américains après le Vietnam), et enfin Le Dernier Nabab (1976, hommage à Hollywood et hymne au cinéma à travers l'adaptation d'un roman inachevé de Fitzgerald).
• Amérique
Tous ces films retracent l'histoire des rapports passionnés de Kazan et de l'Amérique. L'Amérique est pour lui une terre d'asile (le mythe américain plane tout au long du film America, America), une terre de progrès et de liberté (les travaux du New Deal, et notamment la Tennessee Valley Authority, sont évoqués dans Le Fleuve sauvage), mais aussi un pays xénophobe (violences subies par le vieil exilé allemand dans À l'est d'Éden), parfois raciste (le sort des Noirs dans Le Fleuve sauvage), puritain (c'est un des thèmes de Baby Doll et de La Fièvre dans le sang) et violent (bagarres dans Le Fleuve sauvage et La Fièvre dans le sang, viol dans Les Visiteurs). L'œuvre de Kazan retrace une parti […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



