Tennessee Williams est, avec Arthur Miller, l'une des deux figures qui émergent le plus nettement du théâtre américain contemporain. Ils prennent tous deux la relève d'Eugene O'Neill, assurent le pont entre la génération des années 1930 (Clifford Odets, Maxwell Anderson, Elmer Rice, Thornton Wilder) et celle de l'après-guerre. Tous deux ont un répertoire qui continue à faire les beaux jours des scènes américaines. Ils ont reçu la consécration internationale d'une vaste orchestration cinématographique de leurs œuvres, et bénéficié du talent du metteur en scène Elia Kazan. Mais on n'associe leurs noms que pour mieux les opposer. En face de Miller le marxiste, le dénonciateur et la victime du maccarthysme, l'homme du présent et de l'action militante, Tennessee Williams est présenté comme le freudien, l'homme de la nostalgie et du rêve, qui s'adresse à l'imaginaire collectif par le biais des images et des mythes. On oppose aussi l'homme du Nord à l'homme du Sud, on va jusqu'à dire le Scandinave et le Méditerranéen. Voilà qui indique en tout cas une polarité, même s'il y a là une simplification excessive. Peut-être Tennessee Williams mérite-t-il le titre de « Méditerranéen » en raison de sa prédilection pour l'Italie, une Italie terre des grands mythes, mais aussi une Italie sensuelle, capiteuse, telle que peut se la représenter un Américain élevé dans le puritanisme. Car les polarités, les oppositions, nous les trouvons à l'intérieur même de la personnalité de Williams, et de sa réputation. Comment se fait-il, en particulier, qu'il continue d'exercer, aujourd'hui encore, une si forte fascination, alors qu'il a pratiqué une forme de théâtre qu'on peut estimer dépassée, voire conventionnelle, en regard des expérimentations new-yorkaises des années 1960 ? Ne peut-on pas dire que cet homme de théâtre a dû en partie sa chance à tous les merveilleux interprètes de cinéma qui ont su donner une présence, un poids d'évidence, une force poétique à un univers qui aurait pu, sinon, paraître artificiel ou naïf, ou trop lourdement chargé de symboles ? Parmi les piè […]
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