« Je ne conçois pas, en ce qui me concerne, d'évolution musicale hors de notre “évolution socialiste”. Et l'objectif que j'assigne à mon œuvre est de contribuer de toutes les manières à l'édification de notre grand et merveilleux pays. Il ne saurait y avoir de meilleure satisfaction, pour un compositeur, que d'avoir aidé, par son activité créatrice, à l'essor de la culture musicale soviétique, appelée à jouer un rôle primordial dans la refonte de la conscience humaine. » Ainsi s'exprimait en 1936 le compositeur russe Dmitri Chostakovitch, et l'on ne saurait concevoir plus nette prise de position. Toute sa vie et toute son œuvre apparaissent comme une mise en valeur, une « défense et illustration » de cette formule.
1. Un musicien témoin de son temps
Dmitri Dmitrievitch Chostakovitch est né à Saint-Pétersbourg en 1906. À la différence de Glinka (1804-1857), de Moussorgski (1839-1881) et de Rimski-Korsakov (1844-1908), il n'a pas vécu une quiète enfance provinciale de fils de hobereaux ; il a toujours connu une atmosphère troublée par la récente « révolution avortée » de 1905 et le pressentiment d'inéluctables bouleversements. Alors qu'il avait onze ans, un camarade de son âge fut tué sous ses yeux, en pleine rue, par un gendarme de la police tzariste, et ce drame semble l'avoir définitivement marqué.
La même année, il composait un Hymne à la liberté ; à treize ans, il fut admis au Conservatoire de Petrograd. En 1925 avait lieu la création de sa Symphonie no 1 que Bruno Walter, Stokowski et Toscanini faisaient triompher dans le monde entier dès l'année suivante. Avec cette symphonie, la musique de Chostakovitch devient un reflet fidèle de l'histoire de la musique en U.R.S.S. De 1925 à 1935 il écrit ses œuvres les plus « téméraires » : deux symphonies fortement critiquées en raison de leur « modernisme outrancier » ; deux opéras (Le Nez, d'après Gogol, créé en 1930, et Lady Macbeth de Mzensk, d'après Leskov, créé en 1934 ; plus tard, cette Lady Macbeth est devenue Katerina Ismaïlova) ; deux b […]
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