Platon est un des premiers philosophes à avoir remarqué qu'« on fait plus et mieux et plus aisément, lorsque chacun ne fait qu'une chose, celle à laquelle il est propre » (La République). Sur ce point, philosophes, économistes, sociologues et anthropologues semblent s'accorder. Il n'est guère de sociétés, aussi restreintes soient-elles, qui ne connaissent une division des tâches. À commencer par les sociétés animales. Chez les abeilles, par exemple, les ouvrières changent de travail à mesure qu'elles avancent en âge et elles participent ainsi à tous les travaux de la ruche (construction de rayons, nourrissage, nettoyage, récolte...). Dans les sociétés humaines, la division du travail adopte des formes différentes : il y a des tâches réservées à l'un ou à l'autre sexe d'abord (la femme élève les enfants, l'homme leur procure des moyens de subsistance), puis des fonctions qui peuvent être économiques, politiques, administratives, judiciaires, artistiques, scientifiques, chacune de ces sphères d'activité se trouvant à son tour divisée en de nombreuses autres spécialités. Pour cette raison, ce qui était courant avant le xviiie siècle n'est plus possible […]
