Il est convenu d'appeler « cycle arthurien » une série d'œuvres qui, à partir du ixe siècle, présentèrent l'histoire de la Grande-Bretagne et les aventures de sa classe noble et guerrière à l'époque d'un roi moins historique que légendaire et qui s'appelait Arthur. Le « cycle » n'est donc pas l'œuvre d'un seul auteur, mais celle de nombreuses générations d'écrivains qui n'ont cessé d'ajouter au « corps » arthurien leur contribution soit romanesque, soit pseudo-historique. Des textes latins, français, provençaux, hispaniques, italiens, gallois, anglais, allemands, tchèques, russes et bien d'autres – il serait fastidieux de prolonger la liste – conservent le souvenir du roi fabuleux des Bretons et de ses chevaliers de la Table ronde. La floraison de la légende arthurienne – phénomène vraiment européen – appartient au Moyen Âge, mais cette littérature est loin d'être morte : bien au contraire, elle inspire le roman, le théâtre, la poésie et même le cinéma du xxe siècle.
Le roi Arthur a-t-il existé ? Un personnage nommé Arthur est cité pour la première fois dans l'Historia Britonum, que composa Nennius vers le début du ixe siècle. Il aurait été vainqueur dans une douzaine de batailles, et cependant la partie arthurienne de l'Historia de Nennius tient en une quarantaine de lignes. L'auteur le décrit comme un Britannique qui occupait une place éminente dans la société militaire, à l'époque qui suivit le départ des Romains. Ce dux bellorum, pour reprendre le terme de Nennius, était déjà certainement très connu à l'époque.
1. La matière historique
Les thèmes de Nennius avaient déjà été traités au milieu du vie siècle par Gildas dans son De excidio et conquestu Britanniae. Ce sont donc des événements historiques auxquels Nennius fait allusion. Il précise que la douzième bataille où triompha Arthur se déroulait in monte Badonis. Cependant, grâce à Gildas – qui ne cite pas le nom du roi Arthur – nous savons que ces événements eurent lieu le mois et l'année de sa propre naissance, c'est-à-dire vers la f […]
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