3. Les origines du genre
Une floraison littéraire d'une telle richesse a attiré depuis longtemps l'attention des érudits. On s'est efforcé d'en expliquer la genèse et l'évolution. Pourquoi les exploits d'un héros étranger, du roi d'une terre conquise par les Normands ont-ils pris la place qu'occupaient autrefois les pairs de Charlemagne ? Les romans français se trouvent-ils à la source de la littérature arthurienne européenne ? Faut-il croire que les autres pays n'ont fait que remanier des textes français ? On serait tenté de reprocher aux spécialistes de n'avoir jamais pris une vue panoramique du problème. Les celtisants ne comprennent pas toujours le français médiéval ; les spécialistes du moyen-anglais ont des connaissances assez vagues de la langue irlandaise du Moyen Âge. En outre, nous retrouvons souvent dans toute cette littérature des motifs qui appartiennent au domaine du folklore, par exemple dans le Chevalier Vert ou le Château des Pucelles.
Deux hypothèses principales ont été avancées : selon la plus classique, voici comment les Français ont recueilli la tradition celtique. Après la conquête normande de l'Angleterre, les Français, qui avaient construit des châteaux sur les frontières actuelles du pays de Galles, eurent des contacts répétés avec les Gallois. Rien de plus naturel, pour les romanciers anglo-normands, que d'emprunter les thèmes littéraires de leurs voisins. Ajoutons que le chroniqueur Giraldus Cambrensis (le Gallois) nomme un certain Bledhericus, famosus fabulator, c'est-à-dire un conteur gallois dont le nom se trouve dans le roman français de Tristan, sous la forme Bréri, ainsi que dans d'autres romans arthuriens français. Ferdinand Lot, Joseph Lot et, plus récemment, Jean Marx ont insisté sur l'importance des rapports directs entre Gallois et Normands.
Mais comment expliquer que le poème gallois de Kulwch et Olwen n'ait pas de rapport apparent avec les autres épisodes des Mabinogion ? Que les poèmes en moyen-anglais ont, pour la plupart, des sources françaises […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 8 pages…



