Un composé de coordination est une entité chimique constituée d'un atome central et d'un ou plusieurs coordinats, ou ligands, éventuellement en nombre supérieur à celui qui résulterait de la valence ou du degré d'oxydation usuel de l'atome central. Un certain nombre de ces composés avaient été décrits dès le milieu du xviiie siècle ; dans la seconde moitié du xixe siècle, divers chimistes, en particulier Blumstrand et S. M. Jorgensen, tentèrent d'appliquer à ce type de composés, appelés alors improprement « combinaisons moléculaires », les théories de la valence et de l'enchaînement des atomes (on dit maintenant « caténation ») qui venaient de faire preuve de leur bien-fondé dans le domaine de la chimie organique. L'idée de la coordination d'ions ou de groupes d'atomes suivant une disposition géométrique autour d'un ion central fut émise en 1893 par Alfred Werner, véritable fondateur de la chimie de coordination, qui reçut le prix Nobel en 1913. Werner montra, par exemple, que les propriétés des complexes ayant un nombre de coordination égal à 6 pouvaient s'interpréter en admettant que les six groupements fixés étaient disposés, autour de l'atome central, aux sommets d'un octaèdre régulier. Ainsi, la combinaison moléculaire CoI3,6NH3 devait en réalité se formuler [Co(NH3)6]I3. Une autre propriété importante que Werner put expliquer ainsi était l'existence des isomères cis-trans : plus tard, il dédoubla des racémiques dont il avait prévu l'existence.
En France, à partir de 1906, Delépine compléta l'œuvre de Werner, que les travaux de Miolati et Rosenheim étendirent aux cas des oxyanions polynucléaires dérivant des isopolyacides et des hétéropolyacides fréquemment rencontrés dans le cas du molybdène (VI) et du tungstène (VI) mais aussi à un degré moindre avec le vanadium (V), le niobium (V), le tantale (V) et l'uranium (VI). Jusqu'au milieu du xxe siècle, divers physico-chimistes tels que Jander, Keggin, Pauling, Souchay réussirent à adapter les conceptions de Werner à ces co […]
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