La civilisation rurale se définit d'abord par oppositions. Qui dit campagne dit villes ; qui dit paysan dit citadins. La civilisation rurale est un tissu monotone qui rapproche les uns des autres un certain nombre de groupes cellulaires, villages, paroisses ou communes, ces groupes étant, selon les cas, englobés ou dominés par des pouvoirs ou (et) par des forces économiques et sociales qui sont extérieures ou supérieures aux cellules en question. Parmi ces pouvoirs et forces, qui coexistent ou qui se succèdent les uns aux autres, on peut citer la féodalité, les villes, les États, le commerce et l'industrie, le capitalisme, les bureaucraties partisane ou policière, etc. Chaque village, comme le note H. Mendras, est donc flanqué d'une société environnante (les autres villages) et d'une société englobante ou dominante (citadins, féodaux, capitalistes, bureaucrates, prêtres ou policiers).
1. Histoire stratigraphique de la civilisation rurale
La civilisation rurale est d'abord le produit d'une histoire (nous nous intéressons, de ce point de vue, au cas ouest-européen, et spécialement au cas français : il est utile et commode, parce que bien connu). Cette histoire est stratigraphique : l'apport spécifique qu'elle reçoit de chaque siècle ou groupe de siècles et de chaque millénaire n'est pas annulé, mais il est simplement recouvert, ou tout au plus érodé, et malmené par l'apport des périodes ultérieures. La somme de ces apports, avant même qu'il soit possible de les comprendre dans leur arrangement structural, doit donc se lire comme une coupe géologique : de bas en haut, si l'on est historien ; et de haut en bas, si l'on est géographe ou ethnologue. Le cas des paysanneries occidentales est très éloquent à ce propos : leurs sociétés constituent des édifices d'une grande complexité ; pendant leur phase d'expansion maximale (xive-xixe s.), elles mettent en jeu des apports, anciens ou neufs, qui sont représentatifs de près d'une dizaine de millénaires. En Provence par exemple, la domesti […]
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