La littérature de colportage – la seule à être désignée par son statut de transport et de vente – a été longtemps méprisée. Elle est étudiée avec attention aujourd'hui non seulement à cause de ses tirages – plusieurs centaines de milliers d'exemplaires pour les meilleurs titres –, mais aussi pour son contenu, et parce qu'elle apporte des informations précieuses sur l'acculturation des masses populaires à la ville et à la campagne, sur la censure exercée par le pouvoir, sur le rapport entre les politiques des éditeurs, les besoins du grand public et les techniques de diffusion du livre, problèmes qui sont toujours actuels.
1. Imagerie et colportage urbain
L'invention de l'imprimerie, à la fin du xve siècle, n'a concerné qu'un public très limité, celui des clercs, des lettrés et de la haute administration. Mais, avec les guerres de religion, le livre devient un champ de bataille. Alphabétiser les masses, donner à chacun la capacité de lire les textes sacrés dans sa langue et de les interpréter en son âme et conscience, tels sont les objectifs de la Réforme, que la Contre-Réforme va reprendre à son compte. Cet affrontement entraîne, dès le milieu du xvie siècle, un développement considérable des images de piété pour analphabètes. Ces « amulettes » qui procurent des « indulgences » sont assorties d'un texte bref – commentaire pieux ou prière – qui peut être facilement déchiffré ou lu à haute voix par un autre. Ce type de propagande sera récupéré par la monarchie à partir d'Henri IV.
À la même époque, en milieu urbain, l'imprimé entre dans la vie courante sous forme de feuilles volantes, de placards, de « canards » illustrés ou non, racontant des « faits divers », étonnants et horrifiques, crimes particulièrement révoltants, événements insolites (comètes, naissance de frères siamois, miracles). Leur diffusion est assurée par des « crieurs » et leur édition par des libraires parisiens et troyens.
Le succès de ces publications va donner l'idée à un imprimeur de Troyes, Nicolas Ou […]
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