Le cinéaste Volker Schlöndorff a suggéré que l'histoire du cinéma allemand était faite d'une série de ruptures esthétiques mais aussi d'une grande continuité dans le domaine de l'industrie cinématographique. L'alternance entre les phases les plus inventives, comme celles des années 1918-1933, voire le renouveau des années 1970, et la médiocrité des périodes de reflux – propagande et conservatisme du cinéma nazi, banalité du cinéma commercial des années 1950 en République fédérale – entretient, à l'évidence, des rapports étroits avec les bouleversements politiques dont l'Allemagne fut le théâtre au xxe siècle. Si la relation entre le cinéma et le pouvoir est bien connue pour ce qui concerne le régime national-socialiste, il faut également souligner la relation qui existe entre les grands films muets et l'effervescence créative des années de crise de la République de Weimar, ou encore l'obstination de la censure dans un pays, la R.D.A., qui est la seule démocratie populaire à ne pas avoir connu de vrai dégel culturel. Malgré la Réunification, le cinéma allemand, trop contrôlé peut-être par l'industrie audiovisuelle, peine longtemps à s'affirmer jusqu'à ce que de nouveaux auteurs puissent se frayer un chemin à partir des années 2000.
1. Genèse d'une grande puissance cinématographique
Tout au long des années 1890, dans le monde entier, ingénieurs, photographes, bricoleurs cherchent à donner le mouvement aux images. Une compétition a lieu en Europe en vue de la projection sur écran d'« images animées ». Max Skladanowsky et son frère Emil parviennent en 1895 à tourner de brèves lebende Photographien, et constituent un programme présenté dans un cabaret berlinois dès le 1er novembre de la même année. Quelques semaines, donc, avant les fameuses projections Lumière à Paris, dont la date marque officiellement la naissance du cinéma, malgré une polémique aux relents nationalistes qui culminera à l'époque nazie. Le Bioskop des Skladanowsky, peu viable techniquement, devra céder devant le C […]
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