3. Les débuts du parlant et le cinéma du docteur Goebbels
Les premières années du parlant sont contemporaines de l'aggravation de la crise économique et politique. C'est ainsi que les innovations permises par la technique seront soit évacuées, soit captées par le régime hitlérien. Les recherches sur le son sont anciennes (Oskar Messter, dès 1903) et l'industrie dispose des brevets de la Tobis-Klangfilm, qui se partage le marché mondial avec les américains R.C.A. et Western Electric. C'est en produisant un mélodrame que la U.F.A. choisit de lancer le cinéma parlant auprès du public, quelques mois seulement après la présentation du premier film sonore américain à Berlin. Les genres déjà établis sont relancés, de nombreux remakes parlants de films muets sont tournés, et la U.F.A. commence à produire une série de films musicaux, sortes d'opérettes fort différentes du musical qui s'installe à Hollywood.
La technique du doublage n'étant pas encore au point, les films sont alors tournés en plusieurs langues (à Berlin comme à Paris, Londres ou Los Angeles), dans les mêmes décors, avec des acteurs et parfois des réalisateurs différents. Une intense collaboration s'instaure entre l'Allemagne et la France, puis avec les pays anglophones, par exemple autour d'une nouvelle vedette, la polyglotte Lilian Harvey, qui doit tourner les mêmes scènes avec des partenaires différents pour chaque version : Die Drei von Tankstelle – en France : Le Chemin du Paradis (Wilhelm Thiele, 1930) – et Der Kongress tanzt – Le congrès s'amuse (Erik Charell, 1931) – figurent parmi les réussites du genre.
Les innovations artistiques les plus profondes doivent être recherchées du coté d'indépendants tels que la Nero-Film, société formée par Nebenzahl et Oswald. C'est elle qui produit deux des plus grands films de Fritz Lang : M le Maudit (M, 1931), où le cinéaste fait du son un élément signifiant et structurant du film, ainsi que le très visionnaire Testament du docteur Mabuse (Das Testament des Dr Mabuse, 1933), qui sera inte […]
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