Dans sa réflexion sur la bibliothèque comme espace de savoir et de recherche, l'historien du livre Henri-Jean Martin s'interroge : « Le problème de l'avenir des bibliothèques se pose en fait aujourd'hui en d'autres termes. Quel rôle joueront-elles dans l'élaboration, la diffusion et la conservation de la documentation électronique à l'heure de la communication à distance ? » (« Bibliothèques », in Encyclopædia Universalis). À cette question, comme à celle qui touche à l'existence même du livre imprimé à l'ère numérique, certains n'hésitent pas à répondre en prophétisant la disparition des bibliothèques devant un Internet promu au rang de bibliothèque universelle par les vertus du World Wide Web. Un déterminisme qui a, selon nous, le défaut majeur de s'interdire de penser l'originalité des mutations en cours. En effet, si les bibliothèques voient leurs missions se redéfinir, c'est peut-être plus en se déployant qu'en disparaissant. L'évolution récente qui conduit de la gestion informatisée des documents à la numérisation des contenus représente sans aucun doute une révolution profonde des services attendus. Globalement, grâce aux nouvelles technologies de l'information et de la communication, la possibilité existe maintenant d'ouvrir plus largement l'accès aux documents et à leurs usages, que ce soit par les réseaux distants ou grâce à la souplesse de la mise à disposition. Un même document rare peut désormais être accessible en tous lieux de la terre, en autant de connexions simultanées, caractéristiques qui renouent avec celles de l'utopie des bibliothèques universelles ou virtuelles imaginées vers le milieu du xxe siècle (de P. Otlet ou H. G. Wells à l'hyperdocument selon V. Bush ou Ted Nelson).
En même temps, la généralisation de la culture numérique sur Internet contraint les bibliothèques à repenser leur mission face à des phénomènes documentaires immatériels que, pas plus que le monde traditionnel de l'édition, elles ne sont en mesure de contrôler. Au fond, une […]
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