2. Quelle pérennité pour les documents numériques ?
Les données numériques dépendent de leur support de stockage, dont la durée de vie ne peut faire l'objet que d'estimations. Celle-ci est aussi fonction des systèmes d'exploitation ou des logiciels traitant les données. Certes, des copies permettant de réactualiser et de porter sur d'autres systèmes des données déjà existantes sont toujours possibles, à condition qu'un tel programme de conservation « dynamique » ait bien été envisagé. Mais des contrôles de qualité doivent, au moins statistiquement, vérifier l'intégrité des données conservées. En outre, dans le numérique, conservation équivaut à pérennité des accès : le document se définit par des dizaines de liens (qu'on estime à une moyenne de cinquante environ par page) entretenus avec d'autres sites. Les « liens rompus », écueils de navigation, doivent faire l'objet de contournements informatiques utilisant des indexations de contenus.
Le problème se situe à un autre niveau. Le dépôt légal des documents imprimés est quantitativement limité, et, surtout, canalisé par des formes d'édition ou d'impression clairement identifiées : il y a peu de risques qu'un écrivain ou un scientifique majeur, par exemple, passe inaperçu parce qu'il aurait été publié de façon trop confidentielle. Au contraire, le Web, par sa nature même, multiplie à l'évidence ce genre d'écueil, tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Dès lors, archiver l'ensemble du Web, comme se proposent de le faire plusieurs projets de grandes bibliothèques, ne fait que repousser un problème heuristique : que doit-on filtrer, évaluer, afin de sélectionner ce qui mérite de l'être – autant de dimensions philosophiques qui renvoient au sens de ce qu'une société, une culture souhaitent conserver, et en vue de quel avenir. À cet égard, une bibliothèque – et une bibliothèque numérique encore moins ! – n'est nullement coupée des communautés savantes (ou d'opinion, culturelles, de pensée...) qui peuvent participer à une […]
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