5. Quelles mutations pour la lecture ?
La bibliothèque numérique, c'est au bout du compte la bibliothèque virtuelle : la possibilité pour un lecteur, où qu'il soit, de regrouper sur son ordinateur l'ensemble des collections ou matériaux dont il a besoin, d'où qu'ils viennent (bibliothèques en ligne, éditeurs, sites d'opinion ou d'institutions, etc.). La notion de bibliothèque personnelle est notamment une notion devenue pertinente en informatique documentaire. Ainsi, le Berkeley Digital Program l'inclut maintenant comme concept central dans la constitution et la gestion de documents distribués, d'images ou d'objets annotés, et nécessitant des « navigateurs multivalents ». De fait, la lecture est reconnue ici comme un processus cognitif complexe, où l'exploration et la découverte de l'épaisseur bibliographique valent tout autant que le déchiffrement linéaire. Seule compte la pertinence de cet accès, et la capacité à en explorer toutes les composantes au profit d'un nouveau projet de lecture ou d'écriture. Les « navigateurs » n'ont pas repris par hasard cette métaphore cartographique, déjà longuement théorisée par d'Alembert dans son Discours préliminaire de l'Encyclopédie.
Un navigateur traditionnel, quelle que soit l'évolution apportée, ne suffit pas ici pour approcher les services d'une bibliothèque. Dans l'architecture client-serveur ne peut-on imaginer qu'un portail plus approprié aux recherches effectuées puisse aider le lecteur, en lui apportant des outils génériques ou spécialisés ? Le terme « prion », par exemple, sur un moteur de recherche comme Google, convoquait en 2002 plus de 40 000 sites Web ! Comment organiser cette quantité d'informations et la rendre utilisable ? Quels sont les sites scientifiques, ou ceux qui concernent la presse, les associations civiles, les institutions et la littérature grise, etc. ? Quels modèles d'interaction entre tous ces acteurs ? Quel type d'information ou d'activités va-t-on pouvoir intégrer dans le cadre d'un dialogue homme-machine […]
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