Curieux itinéraire que celui de cet écrivain de cinéma, né le 11 septembre 1904 à Pierrelatte (Drôme). Élevé chez les jésuites, il n'éprouve guère de penchants pour la casuistique. Après un passage comme aide-régisseur chez Charles Dullin, il est embauché dans une agence de publicité, où il travaille avec un certain Jean Anouilh. Il n'hésitera pas, un jour, à faire jouer son beau-frère, Max Ernst, dans une réclame pour les Galeries Barbès...
Anarchiste anticlérical et antimilitariste, Jean Aurenche ne pouvait qu'apprécier Jacques Prévert, dont il dira plus tard : « Avec Prévert, [...] c'était un peu comme si j'étais resté sur le quai à regarder passer l'express. L'express, c'était lui. Pas question de le suivre. » De cette rencontre date sans doute sa vocation pour le cinéma.
Peu après Hôtel du Nord, dont il écrit le scénario en 1938 avec Henri Jeanson pour Marcel Carné, Jean Aurenche entame avec Pierre Bost ce qui allait constituer l'une des plus fructueuses collaborations d'écrivains de cinéma. Tandis qu'Aurenche construit, Bost écrit. Les deux hommes, dès lors, enchaînent scénario sur scénario : Douce (1943), Sylvie et le fantôme (1944), La Symphonie pastorale, La Septième Porte, Le Diable au corps (1946), Les Amants du pont Saint-Jean (1947), Au-delà des grilles (1948), Occupe-toi d'Amélie (1949), Dieu a besoin des hommes (1950), L'Auberge rouge, Jeux interdits (1951), Les Sept Péchés capitaux, Destinées (1952), Le Blé en herbe (1953), Le Rouge et le Noir (1954), Gervaise, La Traversée de Paris (1956), En cas de malheur, Tu ne tueras point (1958), Les Amitiés particulières (1962)...
Le succès d'Aurenche et de Bost, qui travaillent avec d'aussi prestigieux metteurs en scène que Marcel Carné, René Clément ou Claude Autant-Lara, est pourtant remis en question. Dès 1954, François Truffaut écrit à leur sujet dans Les Cahiers du cinéma, lors de la sortie d'En cas de malheur : « Aurenche et Bost, les Bouvard et Pécuchet du cinéma français, ont commis une nouvelle infamie. » Au milieu des années 1960, la Nouvelle Vague finira par avoir raison de cette « qualité française », toute de rigueur et de minutie, qu'elle récusait et ne cessait de brocarder.
Ce n'est que dix ans plus tard, en 1974, que Bertrand Tavernier fera de nouveau appel à eux pour L'Horloger de Saint-Paul. Bost mourra l'année suivante, tandis qu'Aurenche poursuivra sa collaboration avec Tavernier. Ce seront tour à tour Que la fête commence (1975), Le Juge et l'assassin (1976), Coup de torchon (1981), Un dimanche à la campagne (1984). Jean Aurenche s'est éteint en octobre 1992. Par la suite, Bertrand Tavernier en a fait une des principales figures de son Laissez-passer (2002).
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



