Pourquoi le Bangladesh constitue-t-il l'un des maillons les plus faibles dans cette chaîne d'économies asiatiques dont le dynamisme ne cesse de s'affirmer ? Pourquoi est-il l'un des rares pays dont le déficit alimentaire ne baisse que lentement ? Pourquoi des conditions de vie si précaires ? Il est d'autant plus cruel de poser ces questions que, pendant des siècles, le Bengale fut l'une des provinces les plus florissantes de l'espace indien.
1. Les malédictions de l'histoire
À partir du milieu du xviiie siècle, le mauvais sort s'acharne sur cette partie du monde. Le pillage du Bengale par les premiers conquérants britanniques perturbe gravement l'économie. Par la suite, lorsque la puissance coloniale met un terme à l'arbitraire et aux exactions, la province reste en partie négligée, sous-administrée, peu développée, en comparaison d'autres provinces comme le Panjab. De surcroît, à l'intérieur du Bengale britannique, la partie est qui deviendra le Pakistan oriental en 1947 est particulièrement sous-développée en comparaison de l'essor urbain et industriel de Calcutta et d'autres villes de la province qui resteront indiennes.
L'économie bouge peu, si ce n'est la culture du jute encouragée par les Britanniques au xixe siècle (mais les usines sont à Calcutta). Elle se fait peu à peu distancer par la population ; malgré un taux d'accroissement démographique modéré, le déséquilibre se creuse entre les hommes et les ressources. Circonstance aggravante, la faible progression des villes s'accompagne de densités rurales toujours plus lourdes. Vers 1880-1890, toutes les terres cultivables ont été ouvertes à la charrue. Faute de progrès dans les rendements, la production de céréales par tête commence à baisser au Bengale à partir de 1901, tendance qui apparaît plus tard dans les autres provinces (Panjab, Uttar Pradesh, 1921).
Au moment du partage de l'Empire (1947), le Pakistan oriental constitue l'une des régions les moins développées d'Asie. La population urbaine (recensement de 195 […]
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