6. La maîtrise du milieu, base du pouvoir
Influences fécondes, génie propre de quelques peuples, espaces géographiques propices, encore a-t-il fallu que des États s'organisent et réussissent. Ce ne fut pas partout le cas : ainsi, apparemment favorables, les deltas de la Salouen et du Ménam n'ont pratiquement pas abrité d'empires. Et l'on constate que chacune des puissances qui s'est finalement développée ne l'a fait que lorsqu'elle s'est révélée en mesure de maîtriser son milieu naturel. Faute de dégager toutes les nuances, étudions, grâce aux progrès récents de l'archéologie, un cas exemplaire : l'empire angkorien. Succédant au puissant royaume maritime du Fou Nan, qu'il soumet vers la fin du vie siècle, le Cambodge s'enferme d'abord dans la moyenne vallée du Mékong. Du viie au viiie siècle, il ne semble guère bouger, paraît même modeste à côté d'autres États indianisés contemporains comme les puissants empires maritimes de Śrīvijaya ou des Śailendra, voire le Champa. Certes, son unité et sa prospérité se forgent : ses monuments le montrent. À partir des modèles gupta – déjà en grande partie assimilés par le Fou Nan –, il se dégage un style remarquable qui devient l'art khmer, qui ne saurait plus être confondu avec les prototypes indiens non plus qu'avec les autres épigones sud-asiatiques. Mais la prospérité économique demeure modeste : elle se limite à la seule exploitation naturelle des plaines arrosées par les moussons, qui ne fournissaient qu'une seule récolte. Pas davantage l'unité politique ne s'affirme aisément : le pays est divisé entre dynasties rivales. Cette période, pourtant, s'achève en 800 avec l'instauration, par Jayavarman II, d'un rituel sacralisant le pouvoir royal et l'installation de la capitale dans la région d'Angkor. Un État puissant émerge. S'il y eut encore des luttes, elles furent de succession : le pouvoir sera désormais unique, et basé à Angkor au cœur géographique du pays et des limons fertiles.
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