3. Le renouveau de l'écrivain : l'homme précaire (1969-1976)
En 1969, quand Malraux abandonne le ministère des Affaires culturelles, qu'il avait occupé durant dix ans, et le rôle de conseiller du général de Gaulle, on peut avoir l'impression qu'un écrivain extraordinaire, le plus éclatant de l'avant-guerre, s'est effacé devant un ministre somme toute ordinaire, pourvu de peu de moyens financiers et politiques, et qui, s'il a représenté une politique avec éclat, ne l'a jamais orientée d'une manière décisive. Selon la formule perfide de Mauriac – le seul autre écrivain de grand renom à avoir rallié le gaullisme –, un ministère aura-t-il été un « os à ronger » jeté par le destin à un désir de puissance insatisfait ? De 1957 à 1969, l'écrivain Malraux s'est astreint au silence, un silence rompu seulement par la publication des Antimémoires (1967), ou plutôt de ce qui était présenté comme le premier volume d'une tétralogie posthume ; encore l'accueil de ce livre a-t-il été perturbé par la présence envahissante, sur les médias, du ministre d'État. Tenu à distance et en suspicion par la gauche, son ancien public, Malraux faisait alors figure, avec son ministère et ses Mémoires, d'un Chateaubriand qui se serait trompé de siècle. Il était loin, l'inventeur conquérant dont son ami Drieu écrivait en 1930 : « Malraux, homme nouveau, pose l'homme nouveau. »
Mais, durant les sept années qui lui restent à vivre, Malraux va se jeter à corps perdu dans l'écriture et produire une œuvre, sinon plusieurs, qui suffirait à une vie entière. On n'a jamais vu une vieillesse aussi productive, comme si « la mort qui n'est pas loin » suscitait une espèce de résurrection.
• Le dialogue avec de Gaulle
De la vie politique, Malraux se retire en même temps que le général de Gaulle. Il ne s'exprimera sur ce plan qu'à deux reprises, dans des circonstances bien différentes : en 1971, renouant avec son aventure indochinoise comme avec son épopée espagnole, il se déclare prêt à combattre pour le Bangladesh, eng […]
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