Né le 8 septembre 1910 au Vésinet, mort à Paris le 22 janvier 1994, Jean-Louis Barrault a traversé le siècle. Passionné de théâtre, vibrant, intuitif, sachant l'un des premiers que le spectacle vivant engage l'être corps et âme, il marqua son époque en mettant le premier en scène Le Soulier de satin, œuvre somme de Paul Claudel, sous l'Occupation. Passeur de culture éclectique, il interpréta les textes de ses contemporains Samuel Beckett, Marguerite Duras, Eugène Ionesco, Nathalie Sarraute et créa avec Pierre Boulez l'association du Domaine musical qui durant vingt ans défendit la musique contemporaine. Par ailleurs homme de courage rebondissant à chaque mauvais coup du sort, il sut tirer énergie et exaltation d'être jeté dans de nouvelles aventures. Cela fait de lui, au premier chef, plus qu'un acteur parfois contesté et un metteur en scène aux réussites inégales, un directeur de troupe capable d'insuffler la vie aux lieux qu'il prenait en charge.
1. L'incarnation même du théâtre
Jean-Louis Barrault entre en théâtre à vingt ans, après avoir été l'élève de Charles Dullin, dont il apprend beaucoup, et rencontré au théâtre de l'Atelier le grand mime Étienne Decroux dont les leçons font épanouir en lui un art inné de la pantomime, qui lui donne une place particulière parmi les comédiens de son temps. Il en témoigne dès sa première mise en scène au théâtre de l'Atelier en 1935. Autour d'une mère est une adaptation presque muette de Tandis que j'agonise de Faulkner, caractérisée par une gestuelle qui enthousiasme Antonin Artaud, qui parle alors de « spectacle magique » et voit en Barrault un « merveilleux cheval-centaure ». Le comédien joue dans de nombreux films, essentiellement entre 1935 et 1945. C'est au cours d'un tournage qu'il rencontre Madeleine Renaud, déjà sociétaire de la Comédie-Française et célèbre. Tous deux se marient en 1940, conduisant dès lors de concert des carrières brillantes et fondant en 1946 la compagnie qui porte leurs noms accolés. Au cinéma, Barrault doit à Marcel Carné sa plus grande gloire : il est le tueu […]
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