YUEZHI [YUE-TCHE]

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Peuple de l'Asie centrale considéré par les Chinois et les Iraniens comme des Indiens. L'origine indo-européenne des Yuezhi est généralement admise. Certains voient en eux des survivants de la culture de Tripolje, dans les steppes ukrainiennes. Ils seraient parvenus au moment de la migration pontique des Cimmériens et des Scythes, jusqu'aux marges de la Chine en ~ 771 : la première invasion de cavaliers de la steppe qui força les Zhou occidentaux à transférer leur capitale de Hao à Luoyang, et qui marqua le début de l'ère féodale, serait donc celle de leurs ancêtres (Xian Yun ou Kimmior, Cimmériens ?).

Mais les Yuezhi n'apparaissent sous ce nom qu'à la fin du ~ iiie siècle dans les annales chinoises, qui les signalent dans le Gansu comme des nomades blonds « à la figure de cheval ». Entre ~ 177 et ~ 161, ils sont vaincus par les Huns, vassaux de l'empereur, et se divisent en deux branches inégales contraintes à émigrer. La branche la plus faible, celle dite des Petits Yuezhi, chez les Tibétains de l'Ouest, ou Jiang. L'autre branche, sous le nom de Grands Yuezhi, reflue vers l'ouest. Ils passent le Tourfan et le nord du bassin du Tarim dont les oasis sont alors occupées par des populations qui parlent des langues indo-européennes et ce jusqu'à la submersion turque du ixe siècle (pseudo-tokharien, dit « A » ou agnéen à Tourfan, Agni-Karachar et « B » ou koutchéen à Koutch). Les Yuezhi sont empêchés de s'installer dans la région de l'Isslyk-koul et de l'Ili par les Wusun, autres Indo-Européens vraisemblablement Sarmates et Alains, qui tiennent la Dzoungarie. Ils poursuivent donc vers l'ouest et, descendant la vallée de l'Iarxate (Syr-Daria), pénètrent par le Ferghana dans les plaines de Sogdiane, de Transoxiane et de Bactriane (~ 160-~ 130) jusqu'à l'Oxus (Amou-Daria). Là, ils rencontrent encore d'autres Indo-Européens, les Scythes : certains d'entre eux fuient vers le sud et envahissent l'Inde à partir de ~ 70 ; ils y seront connus comme les Saka ou Scytho-Parthes : Saka-Pahlava. D'autres, ainsi que les citadins daxia ou tokhariens, s'amalgameront aux Yuezhi dans un même royaume : le Guishuang, en chinois, ou Kuṣāna en Inde.

L'État kuṣāna unifié a pour premier souverain Kujulakasa, ou Kadphises Ier (30-92 ?). Celui-ci élimine les derniers Indo-Parthes des vallées de l'Hindou-Kouch, conquiert le Kapisha et le Gandhāra, et débouche en Inde (l'ère officielle en Inde, qui s'appelle l'ère des Saka, part de l'an 78 et commémore peut-être cette invasion). Son fils Vimakathphisa, ou Kadphisès II (92-110 ?), étend sa domination au Pendjab, envoie une armée soutenir les oasis du Tarim en révolte contre la Chine, mais cela sans succès ; il prend le titre de sarvalogiṣvara (seigneur du Monde entier). Le plus célèbre des souverains de l'empire de Kuṣāna est Kaniṣka (120-162 ?). Il porte à la fois les titres indien de Mahārāja, iranien de Roi des rois et chinois de fils du Ciel. Son éclectisme religieux semble avoir été assez grand pour honorer le zoroastrisme, le mithraïsme, les dieux grecs et le bouddhisme. Sa capitale était Purushapura, la moderne Peshawar, d'où il régnait sur les bassins de l'Amou-Daria et du Syr-Daria, celui du Tarim, celui de l'Indus et une bonne partie de celui du Gange jusqu'à Bénarès. L'empire Kuṣāna fut marqué par un considérable développement artistique, notamment dans la statuaire bouddhique (écoles du Gandhāra et de Mathurā). La langue de l'empire était restée un parler indo-européen d'Asie centrale proche du khotonais. Par contre, la religion de Zoroastre reculait devant l'hindouisation progressive de la monarchie.

Le déclin politique commence avec le fils de Kaniṣa, Huviṣka (162-185 ?), d'abord vice-roi de l'Inde, puis avec Vāsudeva Ier (185-220 ?). La montée de la nouvelle puissance sāsānide en Perse fait perdre aux Kuṣāna l'Asie centrale et même la vallée de l'Indus ; leur empire se morcelle : en Inde, l'unité ne sera refaite qu'au ive siècle avec les Gupta. Dans les monts de l'Hindou-Kouch subsisteront jusqu'au ve siècle quelques petits dynastes Kuṣāna qui ne seront détrônés que par les derniers Yuezhi, surgis encore une fois de l'Asie centrale, et conduits par Kidāra. Mais cette arrière-garde des Kidārites sera à son tour submergée, à la fin du ve siècle, par les Huns Blancs-Hephthalites.

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  • : docteur ès lettres, maître assistant à l'université d'Aix-Marseille

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Pour citer l’article

Roland BRETON, « YUEZHI [YUE-TCHE] », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/yuezhi-yue-tche/