WAGNER WOLFGANG (1919-2010)

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Metteur en scène et directeur du festival de Bayreuth, second fils de Siegfried et Winifred Wagner, petit-fils de Richard et Cosima Wagner, arrière-petit-fils de Franz Liszt et de Marie d'Agoult, Wolfgang Wagner naît à Bayreuth le 30 août 1919. Élevé à Wahnfried, la maison familiale, dans une atmosphère de wagnérisme conservateur, puis de nazisme fervent, il souffrira toujours d'être le cadet. D'autant que, lors des mesures de protection qui sont prises par Hitler lui-même afin de préserver le sang des Wagner, il n'est pas, contrairement à son frère aîné Wieland (1917-1966), exempté de service armé, et il sera grièvement blessé en 1939, avant d'être réformé. Destiné, comme son frère, au service de la cause festivalière, il se forme à la mise en scène d'opéra à la Staatsoper de Berlin, auprès de Heinz Tietjen. Il épouse en 1943 Helen Drexel, dont il aura deux enfants, Eva et Gottfried.

Son sens pratique, sa bonhomie, son aisance dans les rapports humains lui permettent, à la chute du nazisme, de relever lentement les affaires familiales, fort compromises. Peu enclin à supporter des responsabilités historiques qu'il estime ne pas être les siennes, il use de ses influences politiques pour que les deux petits-fils de Wagner succèdent à leur mère Winifred, discréditée, à la direction du festival de Bayreuth, qu'il partage à partir de 1949 avec son frère aîné. Il s'occupe alors des questions pratiques, et fonde la Gesellschaft der Freunde von Bayreuth (« Société des amis de Bayreuth »), qui a pour objectif de maintenir, par son soutien financier, l'existence du festival.

Après la réouverture de Bayreuth, en 1951, où le Parsifal de son frère révolutionne la mise en scène lyrique, il propose en 1953 un Lohengrin épuré et en 1955 un Vaisseau fantôme noyé d'ombre, moins extrémistes, plus narratifs que ce que propose alors Wieland, dont il conserve les principes stylistiques qui caractérisent le Neues Bayreuth (« Nouveau Bayreuth »), mais sans la dimension radicale du jeu d'acteur. Le grand public ne distingue guère les deux frères ; Wieland, lui, considère son frère comme un plagiaire sans génie, tout en lui reconnaissant des facultés d'organisation et de gestion exceptionnelles. En 1957, son Tristan, sans vrai poids dramatique, puis son Ring de 1960 – avec le même plateau circulaire que celui de son frère, qu'il rend concave et fragmente au fur et à mesure des péripéties de l'action – offrent des symboliques claires qui rassurent ceux que les audaces modernistes de Wieland dérangent, mais n'imposent pas au même degré la réflexion et l'admiration. La mort inattendue de ce dernier, à la fin de 1966, laisse Wolfgang seul aux commandes d'un événement célébré pour son premier rang musical et scénique. Il reprend son rôle de producteur (un Lohengrin banal, en 1967, puis, en 1968, des Maîtres chanteurs confondants de platitude), mais, conscient de son incapacité à renouveler seul le répertoire immuable du festival, il y invite de nouveaux metteurs en scène (August Everding, Götz Friedrich...), tout en se réservant une part de la production de ce qu'il appelle désormais « l'Atelier Bayreuth ». Il montera ainsi le Ring à nouveau en 1970, Parsifal en 1975, puis en 1989, les Maîtres en 1981 et une ultime fois en 1996, Tannhäuser en 1985. Mais ses productions font figure de monuments rétrogrades, dans un festival qui pratiquera désormais la dualité entre tradition et modernité. Contrairement à son frère, Wolfgang sera très peu invité à produire hors de Bayreuth.

Son coup de génie sera d'inviter Pierre Boulez et Patrice Chéreau pour le Ring du centenaire du festival (1976-1980), provoquant un choc médiatique salutaire pour le renom d'une manifestation en déclin. Les trente années suivantes, il tentera, avec Harry Kupfer ou Heiner Müller, de renouveler ce coup d'éclat, mais il laissera le festival se figer dans l'attente d'un nécessaire renouveau. Il se montrera aussi incapable de gérer la crise du chant wagnérien, qui s'intensifie dès les années 1970.

Sérieusement mis en cause par le ministère de la Culture allemand à la fin des années 1990, Wolfgang Wagner refuse de quitter la place, s'arc-boutant sur le contrat de direction à vie qui lui a été signé en 1973. À partir de 2003, il renonce à la mise en scène (il a soixante-quinze ans), et se consacre à la se [...]

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Dans le chapitre « Une histoire mouvementée »  : […] Le premier festival a lieu en août 1876, avec le prologue –  L'Or du Rhin  – et les trois journées –  La Walkyrie , Siegfried et Le Crépuscule des dieux  – de L'Anneau du Nibelung , donné trois fois sous la direction de Hans Richter. Il connaît un tel échec qu'il faudra attendre six ans pour que l'expérience soit renouvelée, avec la création, le 26 juillet 1882, du testament musical et spirituel […] Lire la suite

Pour citer l’article

Pierre FLINOIS, « WAGNER WOLFGANG - (1919-2010) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/wolfgang-wagner/