WAGNER WINIFRED (1897-1980)

L'œuvre que Wagner a le plus passionnément voulue, celle pour laquelle, se comparant à Latone pourchassée, il implorait les dieux de la mythologie, ce n'est ni le Ring, ni Parsifal. Tout son souci, ce fut Bayreuth. Bâtir, léguer. Sans toit (à cinquante ans !) pour sa propre tête, Wagner était jaloux de la déesse pourchassée, pour qui, d'un coup de trident, Poséidon fit surgir des eaux cet asile, Délos. Elle ne portait dans son sein qu'Artémis et Apollon. Wagner portait, lui, l'« œuvre d'art de l'avenir ». Qui serait son Poséidon ? On le sait : un roi. Wagner enfin s'installera. À sa maison de Bayreuth il va donner le beau nom de Wahnfried : rêve apaisé. Mais le rêve réalisé c'est le Festspielhaus, défi au bon sens, défi au monde, défi à l'éphémère (qui est loi du théâtre, où tout se présente, et passe). Le vagabond aura mis à son défi l'obstination prophétique d'un patriarche.

Ainsi, très au-dessus de lui-même, l'artiste a mis l'œuvre, et le temple qu'une telle œuvre exige. Une telle passion a de quoi inspirer des vestales. Cosima fut la première, née Liszt, épouse de Bülow. Pour lier son destin au Hollandais qui défiait les flots, pour le conduire au port, elle a tout bravé. Winifred Williams ne fera pas moins. Née anglaise, orpheline à deux ans, à dix elle se trouve adoptée, agrégée au clan de Bayreuth : un parent de sa mère la recueille, Karl Klindworth, que ses brillantes transcriptions de Wagner pour le piano faisaient persona grata à Wahnfried. A dix-sept ans sa pupille ne manqua pas son examen de passage.

Ayant vu Le Vaisseau fantôme en 1914, elle décidait de se rebaptiser Senta : celle par qui l'éternel errant, l'artiste pourchassé, trouve port et salut.

Né installé, Siegfried Wagner était le contraire de l'artiste pourchassé. Mais, célibataire à quarante-cinq ans, il laissait l'empire sans héritier. Senta redevint Winifred, mais Williams devint Wagner (elle épouse Siegfried en 1915). La lignée pouvait refleurir. Quatre têtes blondes – Wieland, Wolfgang, Friedekin et Verena – couro [...]


pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Écrit par :

  • : agrégé de l'Université, ancien élève de l'École normale supérieure

Classification


Autres références

«  WAGNER WINIFRED (1897-1980)  » est également traité dans :

FESTIVALS

  • Écrit par 
  • Jean-Michel BRÈQUE, 
  • Matthieu CHÉREAU, 
  • Jean CHOLLET, 
  • Philippe DULAC, 
  • Christian MERLIN, 
  • Nicole QUENTIN-MAURER
  • , Universalis
  •  • 17 246 mots
  •  • 29 médias

Dans le chapitre « Une histoire mouvementée »  : […] Parsifal et deux Vaisseaux fantômes –, mais il ne reprendra qu'en 1924. À sa mort, Siegfried est remplacé par sa femme, Winifred Wagner, d'origine anglaise (née Williams, 1897-1980). Dotée d'un tempérament très énergique, elle apporte un renouveau artistique (1934 voit la première mise en scène nouvelle de Parsifal […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/festivals/#i_85450

Pour citer l’article

André TUBEUF, « WAGNER WINIFRED - (1897-1980) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 septembre 2017. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/winifred-wagner/