STOPH WILLI (1914-1999)

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Né à Berlin le 9 juillet 1914, Willi Stoph meurt le 13 avril 1999, dans cette même ville où s'est déroulée sa carrière de dirigeant communiste. Après avoir exercé d'importantes fonctions étatiques dans la République démocratique allemande (1949-1990), il perd tout à la fin de l'année 1989 et connaît ensuite la prison, les procès et la maladie.

Issu d'un milieu ouvrier, maçon de formation, il entre à la Jeunesse communiste à quatorze ans et au Parti communiste (Kommunistische Partei Deutschlands, K.P.D.) trois ans plus tard. Formé en U.R.S.S., il aurait été sous le IIIe Reich un agent de liaison influent. Il fait son service militaire de 1935 à 1937 et sert pendant la guerre comme caporal à l'état-major de l'infanterie.

Après mai 1945, il reprend du service au K.P.D. transformé, en avril 1946, en Parti socialiste unifié (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands, S.E.D.) par la fusion forcée entre communistes et socialistes, au détriment de ces derniers. Le S.E.D. sera le parti dominant de la zone d'occupation soviétique, puis de la R.D.A. Après avoir dirigé la reconstruction industrielle, il prend en charge en 1948-1950 la politique économique au comité central du S.E.D. dont il devient membre et secrétaire en 1950. Cette même année, il entre comme député à la Chambre du peuple, élue d'après une liste unique. En 1951-1952, il dirige le bureau des affaires économiques qui dépend du chef du gouvernement.

Ministre de l'Intérieur de 1952 à 1956, il réprime la révolte ouvrière du 17 juin 1953 ; son entrée au bureau politique du comité central du S.E.D. au cours de la même année récompense cette action. Il transforme la « police populaire encasernée » (Kasernierte Volkspolizei) en Armée nationale populaire (Nationale Volksarmee) et devient tout naturellement le premier ministre de la Défense en 1956, avec le grade de général, puis de général d'armée. En 1960, il quitte la Défense pour devenir vice-Premier ministre et coordonne les mesures prises par le comité central et par le gouvernement, et contrôle leur réalisation.

À la mort d'Otto Grotewohl, il prend, en septembre 1964, la direction du gouvernement, fonction qu'il cumule avec celle de vice-président de la République, le président étant Walter Ulbricht. Au printemps de 1970, il accueille le chancelier Willy Brandt à Erfurt, puis le rencontre à Cassel, lors des premières négociations entre les deux États allemands.

Rencontre d'Erfurt (R.D.A.), le 19 mars 1970

Photographie : Rencontre d'Erfurt (R.D.A.), le 19 mars 1970

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Crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

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Walter Ulbricht meurt en 1973 et Willi Stoph lui succède comme président du Conseil d'État, la présidence collective de la République aux pouvoirs assez formels. En 1976, Erich Honecker, l'homme fort depuis 1971, décide, comme cela se pratique en U.R.S.S., de cumuler la direction du parti et la présidence de la République. Willi Stoph reprend alors la direction du gouvernement.

À l'automne de 1989, la R.D.A. est déstabilisée par une profonde crise politique, économique et sociale ; Erich Honecker, malade, ne maîtrise plus rien. Le 18 octobre, au bureau politique du S.E.D., Willi Stoph prend l'initiative de le destituer et de le remplacer par Egon Krenz.

Les événements se précipitent : Willi Stoph doit démissionner à son tour le 7 novembre (il sera remplacé par Hans Modrow), le bureau politique du S.E.D. en fait autant le 8 et le Mur de Berlin s'ouvre le 9 au soir. Accusé de corruption (pavillon de chasse, cave de vins français et passion coûteuse pour la culture des tomates en serres) et d'abus de pouvoir, il est exclu du S.E.D., emprisonné en décembre 1989 puis relâché en février 1990 pour raisons de santé. Ses fantaisies auraient coûté plus de 8,5 millions de deutsche Mark ; aussi un tribunal de Berlin lui confisque-t-il son épargne.

Il est impliqué dans le procès instruit contre les membres du bureau politique du S.E.D., accusés d'avoir donné l'ordre de tirer sur les Allemands de l'Est qui tentaient de fuir en franchissant illégalement le Mur de Berlin. Après un court passage en prison (mai 1991-août 1992), il bénéficie d'un arrêt des poursuites pour raisons de santé.

Terne d'apparence, ce stalinien pur et dur au visage sévère, appelé « le Prussien rouge », fut un organisateur d'une redoutable efficacité, dans l'ombre des deux chefs historiques, Walter Ulbricht et Erich Honecker. Toujours loyal vis-à-vis de Moscou, il a été un des facteurs de stabilité dans les relations entre la R.D.A. et l'U.R.S.S.

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Pour citer l’article

Henri MÉNUDIER, « STOPH WILLI - (1914-1999) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/willi-stoph/