BARANOFF-ROSSINÉ VLADIMIR (1888-1944)

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Figure importante de l’histoire de l’art du xxe siècle, Vladimir Baranoff-Rossiné est né à Kherson en 1888, dans une famille juive ukrainienne. Musicien, peintre et sculpteur, l’artiste est également connu pour ses inventions synesthésiques consacrées à l’union du son, de la forme et de la couleur. Après des études de peinture à Odessa, il suit les cours de l’Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg de 1904 à 1907, et participe aux premières expositions avant-gardistes russes et ukrainiennes (La Guirlande, Moscou, 1907-1908 ; Le Maillon, Kiev, 1908 ; La Guirlande, Saint-Pétersbourg, 1909). Il s’installe à Paris en 1910 et subit, comme nombre de ses compatriotes, l’influence de l’expressionnisme européen – hérité notamment de la peinture de Van Gogh et de Gauguin –, du cubisme parisien et du futurisme italien. Ses premières œuvres, qu’il signe sous le nom de Daniel Rossiné, révèlent sa maîtrise du langage cubo-cézannien et son sens atavique de la couleur (La Forge, 1911, Musée national d'art moderne-Centre Georges-Pompidou, Paris). Du cubo-futurisme, l’artiste évolue rapidement vers l’abstraction picturale, comme on le voit avec la série Compositions abstraites (1910) inspirée par la théorie du ruban de Möbius. Stimulé par la naissance de l’orphisme et, notamment, les expérimentations lumineuses menées par ses amis Robert et Sonia Delaunay, il réalise en 1913 de grandes toiles coloristes abstraites. Au salon des Indépendants de 1914, il présente une sculpture non objective, assemblage de matériaux bruts peints de couleurs vives (Symphonie no 2, 1913), que remarque Apollinaire (L’Intransigeant, 28 février et 5 mars 1914) et qui évoque, à la même époque, les Contre-Reliefs de Tatline. Alors qu’il fréquente La Ruche depuis 1912, et avant son départ pour la Scandinavie en 1914, l’artiste met au point un appareil de « projection visualo-colorée » qui lui permet de donner ses premiers « concerts lumineux » en Norvège, en 1916. Il retourne vivre en Russie en 1917 et poursuit, sous le double nom de Baranoff-Rossiné, ses recherches chromatiques et synesthésiques qui aboutissent à la création du Piano optophonique en 1920-1923, « projetant dans l’espace ou sur un écran des couleurs et des formes mouvantes et variées à l’infini, dépendant absolument, comme dans le piano sonore, du fonctionnement des touches » (Baranoff-Rossiné, L’Institut d’art opto-phonique, 1925). Détruit pendant la Seconde Guerre mondiale, le piano a été reconstruit d’après la description et les maquettes originales de l’artiste par son collaborateur Jean Schiffrine en 1971 et se trouve aujourd’hui au Musée national d’art moderne-Centre Georges-Pompidou à Paris. Après avoir déposé un brevet d’invention pour son piano en Russie en 1923, Baranoff-Rossiné donne trois concerts « opto-visuels » à Moscou en 1924 (théâtre Meyerhold et théâtre Bolchoï), où les lumières colorées animent un répertoire romantique et symboliste – Schubert, Wagner, Grieg, Debussy et Scriabine. Professeur dans les écoles d’art, Svomas de Petrograd et Vkhoutemas de Moscou de 1918 à 1924, il exécute un grand panneau décoratif destiné à commémorer le triomphe du communisme (Les 365 Jours de la révolution, 1918). Il participe à plusieurs expositions à Moscou et Petrograd et quitte définitivement l’U.R.S.S. le 28 avril 1925 pour s’installer à Paris. Il fonde l’Académie opto-phonique, vouée à l’union du son et de l’image, dépose un brevet d’invention pour le piano le 25 mars 1926, et livre plusieurs concerts en 1928 et 1929 (studio des Ursulines et Studio 28). De 1925 à 1940, il participe à l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de Paris (1925), à l’exposition des Réalités nouvelles (1939), et expose régulièrement aux salons des Indépendants, où il présente notamment en 1933 une Sculpture polytechnique (1929, Musée national d'art moderne-Centre Georges-Pompidou, Paris) réalisée en matériaux composites – verre, fer et bois. De 1939 à 1941, toujours en quête de nouvelles expérimentations, il s’intéresse au processus de « camouflage pointilliste », dit aussi « procédé caméléon », associant l’art de la couleur aux vêtements des militaires. Déporté pendant la guerre, Vladimir Baranoff-Rossiné meurt dans les camps d’Auschwitz en 1944.

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  • Arnauld PIERRE
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Dans le chapitre « Cybernétique et musique des couleurs »  : […] Nicolas Schöffer (1912-1992), de son côté, s'est servi de ses constructions de plans dans l'espace comme de réflecteurs dont la structure prend forme d'anamorphose dans le jeu des éclats lumineux et des ombres portées ( Lux   I , 1957). Plus tard, les Chronos intègrent dès la conception leur propre programmation mouvante et lumineuse, commandée par un servo-mécanisme ( Chronos   10 , 1969). Port […] Lire la suite

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Cécile GODEFROY, « BARANOFF-ROSSINÉ VLADIMIR - (1888-1944) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/vladimir-baranoff-rossine/