RUCHE LA

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La Ruche est à Montparnasse ce que le Bateau-Lavoir fut à Montmartre : un foyer d'artistes (souvent misérables) rassemblés pendant la première moitié du xxe siècle dans des ateliers improvisés. Le Bateau-Lavoir a été détruit par un incendie en 1972 alors qu'il venait d'être classé par les Monuments historiques. La Ruche continue à recevoir les artistes plasticiens au 2, passage de Dantzig. Étrange vocation d'ailleurs que celle de cette rotonde échouée à Vaugirard vers l'année 1902, comme l'un des rares témoins de l'Exposition de 1900 où sa destination première était de représenter le pavillon des vins. Rotonde à multiples facettes, haute de trois étages, elle fut construite par l'équipe d'Eiffel. Moins audacieux que la Tour, certes, le pavillon central est constitué de poutrelles de fer, armature légère des murs de brique et des verrières, et soutien efficace d'un toit en pagode à pans côtelés, surmontés d'une sorte de stūpa, lui-même coiffé d'un lanterneau très ajouré. Création de fantaisie fin de siècle avec son entrée flanquée de caryatides, mais dont les trois étages permettaient d'aménager des ateliers fort bien éclairés par les larges verrières : un véritable palais comparé aux aménagements sordides du Bateau-Lavoir.

C'est un certain Boucher, « artiste plein d'idéal, mais également pratique [qui] eut l'idée de transporter les pavillons destinés à la démolition sur un terrain récemment acheté [par lui] à Vaugirard », nous apprend le Livre rouge de la Ruche publié par les artistes quand une société immobilière envisagea, dans les années 1960, de convertir les terrains de la Ruche (et son petit parc ombragé d'acacias) en un immeuble imposant. Mais les ateliers ont été sauvés, et ils sont occupés par des artistes grâce à la fondation La Ruche-Seydoux, créée en 1987, dont la vocation première est de ne louer ses ateliers qu'à des plasticiens. Les ateliers des sculpteurs se tenaient au rez-de-chaussée, ceux des peintres dans les étages, un pittoresque escalier intérieur aux jolis balustres assurant les rencontres entre les artistes : ces ateliers se multiplièrent très vite jusqu'à atteindre, dans la Ruche (baptisée ainsi par les artistes) et ses pavillons annexes, le nombre de 140 ! Ce fut un foyer artistique et intellectuel des plus féconds, recevant sculpteurs, peintres, céramistes, écrivains et poètes, des acteurs de théâtre aussi lorsque Boucher eut l'idée d'y installer un théâtre de trois cents places et d'inviter Louis Jouvet et Marguerite Moreno.

Il serait vain sans doute d'opposer une « école de la Ruche » (aussi peu cohérente que la prétendue « école de Paris ») au bouillonnement révolutionnaire du Bateau-Lavoir montmartrois. Bien qu'installés dans des quartiers éloignés, les artistes ne s'ignoraient pas et entretenaient des rapports amicaux plutôt que rivaux, et les recherches préparatoires au cubisme se firent à la Ruche en même temps qu'au Bateau-Lavoir. Fernand Léger s'installe à la Ruche en 1908, Marc Chagall en 1910, ainsi qu'Archipenko et Henri Laurens. Soutine, recevant souvent la visite de son ami Modigliani, y a vécu longtemps, et l'on prétend que c'est là qu'il a peint ses fameux bœufs écorchés : il avait obtenu de bouchers des abattoirs de Vaugirard tout proches qu'ils lui prêtent un demi-bœuf pour le peindre dans son atelier. La Ruche voit naître quantité de chefs-d'œuvre, alors peu appréciés par un public réticent. Vécurent à la Ruche ou la fréquentèrent assidûment le peintre Kisling, Michel Kikoïne, l'ami de Soutine, les sculpteurs Brancusi, Gimond, Zadkine, les poètes Blaise Cendrars, Max Jacob, des hommes politiques comme Vaillant-Couturier, Lounatcharsky et, dit-on, Lénine : on n'y vivait que pour l'art ou pour en parler. Ce fut le véritable cénacle de trois décennies d'artistes (entre 1910 et 1940). Michel Georges-Michel, s'inspirant de la destinée tragique de Modigliani, écrit un roman en 1923 (Jacques Becker va l'adapter au cinéma après la guerre : Montparnasse 19) dont le titre popularisa le renom des Montparnos. Si les grands cafés du boulevard du Montparnasse assuraient aux Montparnos le contact avec l'extérieur — des étrangers, des marchands de tableaux, des grandes, ou demi-mondaines —, la Ruche était leur refuge, témoin de leurs espoirs, de leurs luttes, de leurs créations ou de leur désespoir...

Max Jacob

Photographie : Max Jacob

Le poète français Max Jacob (1876-1944). 

Crédits : Sasha/ Hulton Archive/ Getty Images

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En 1947 (après des années d'abandon dues à la guerre), une autre génération s'y installe, se groupant autour de Rebeyrolle, « chef de file » de la réaction figurative aux abstraits.

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Guy BELOUET, « RUCHE LA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/la-ruche/