NEZVAL VÍTĚZSLAV (1900-1958)

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La poésie jouit dans l'opinion des Tchèques d'un prestige supérieur à celui de tout autre discipline littéraire. Le poète est tenu, depuis les débuts du romantisme, pour l'interprète privilégié de l'authenticité que le pays reconnaît sienne. Nezval n'échappe pas à ce sort. Admiré par les uns, raillé et parfois haï par d'autres, il maintient, à travers quatre décennies de la littérature contemporaine de son pays, une carrière littéraire prestigieuse : près de cent titres, parfois trois livres par année, poèmes, essais, romans, comédies. Tous les genres, mais aussi tous les tons, du poème qui prétend aussi résumer l'esprit de son époque aux quatrains enfantins, de la tragédie au canular ; les traités savants voisinent avec des pamphlets d'un goût parfois peu sûr, les criailleries littéraires se mêlent au sublime.

Si la valeur du poète ne faisait pas de doute pour les concitoyens de Nezval, ils s'interrogeaient néanmoins sur l'homme, le sens profond de son comportement et de ses idées. Sa fidélité au stalinisme n'est pas étrangère à l'ambiguïté qui enveloppe sa pensée comme son œuvre.

Dans les contradictions de l'entre-deux-guerres

Vítězslav Nezval est né avec le siècle dans la famille d'un instituteur morave. De son enfance, il gardera des souvenirs précieux qu'il cultivera, conscient de sa poétique basée sur la mémoire des sens plus que sur les constructions intellectuelles. Paysage et vie familiale, humbles joies et simples objets de la vie à la campagne, qui se transformèrent dans son « imagination concrète » en pièces maîtresses de son art. Ensuite, c'est la petite ville de Třebíč, avec son lycée, sa grand-rue et ses promenades quotidiennes, au crépuscule ; premières amours et premières lectures ; premiers vers dans le goût de l'époque. Peu avant le baccalauréat, Nezval est enrôlé dans l'armée impériale austro-hongroise. Il se réjouit lorsque éclate la révolution russe, espérant voir la vague déferler sur son pays et lui apporter la libération. Nezval vit ses quelques mois de service militaire à la manière de son illustre compatriote le « brave soldat » Švejk. S'inventant une maladie après l'autre, il ne connaît, à son grand soulagement, aucun champ de bataille. Par contre, il a l'intense joie d'assister à la création de la première République tchécoslovaque. Nezval s'inscrit ensuite à la faculté de droit de Brno, puis à la faculté des lettres de l'université Charles IV à Prague, ville qu'il ne quittera plus. Car c'est là que le petit campagnard, ébloui, s'émerveille de la civilisation moderne, de son rythme, de son art. Les contradictions tumultueuses de l'après-guerre le happent alors.

Il préfère l'école buissonnière à la faculté : « Il me semblait malhonnête, écrit-il dans ses Mémoires, d'obtenir un doctorat qui n'aurait pour moi aucune signification et auquel de surplus accédaient de nombreux sots. » Dans les rues de Prague, et surtout dans ses cafés littéraires, le poète abandonne ses anciennes amours poétiques, principalement symbolistes et fin de siècle. La génération à laquelle il appartient épouse les espérances sociales suscitées par la première révolution « réussie », celle de l'Octobre russe. Dans l'esprit de la fraction de cette jeunesse avec laquelle se lie Nezval, la révolution doit engendrer également un art nouveau. Le groupe Devětsil qui l'accueille se déclare résolument d'avant-garde. Nezval apporte à ses nouveaux amis une force quasiment physiologique qui enchantera le théoricien Karel Teige, le poète des faubourgs praguois Jaroslav Seifert, le fin Vladislav Vančura. František Xaver Šalda, son ancien professeur, une sommité de la vie littéraire tchèque, lui exprime son satisfecit.

Mais Nezval ne se contente pas de jeux et de sentiments, il se veut également penseur. Avec Teige, il développe la théorie du « poétisme », tendance qui vise à dépasser le caractère aléatoire des liens qui unissent la poésie à la révolution prolétarienne en exploitant le merveilleux qu'apporte le développement scientifique et technique. Son poème le plus retentissant, publié en 1928, s'intitule Edison et est dédié à la gloire de l'inventeur et de l'invention. En 1929, Nezval, membre du Parti communiste depuis 1924, prend position en faveur de la nouvelle direction de son parti et de son nouveau secrétaire général, Gottwald, persuadé qu'il s'agit d'une victoire du « moderne » sur l'« ancien » entaché par le misérabilisme et le populisme sentimentaux d'un social-démocratisme révolu. En même temps, il découvre Freud et André Breton dont les textes l'enthousiasment. En 1933, il visite Paris et rencontre, dans un café de la place Blanche, en une seule soirée, Breton, Paul Eluard, Benjamin Péret et Max Ernst. Ses textes deviennent partiellement automatiques et il se déclare surréaliste. Dans le même temps, il participe au Ier Congrès des écrivains soviétiques à Moscou, fait don aux émigrés fuyant l'Allemagne hitlérienne du prix d'État qu'il obtient pour ses vers inspirés par son voyage en France, prend part, à Paris, au Congrès pour la défense de la culture. Mais l'évolution politique lui pose de graves et difficiles problèmes. Ne voyant d'autre aide réelle pour l'Europe centrale que celle de l'U.R.S.S. de Staline, et faisant un choix, en dernière instance, politique, il rompt en 1938 avec le surréalisme, qu'en réalité il ne désavouera jamais.

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Dans le chapitre « En pleine liberté »  : […] Alors que s'écrit ce chapitre de « littérature de guerre et de libération », la vie intellectuelle et artistique évolue dans le climat d'une démocratie libérale, pluraliste, tolérante. Šalda reste le maître incontesté, sévère, stimulant, ouvert, de la critique ; le traditionaliste Arne Novák (1888-1939) domine l'histoire littéraire ; le théoricien Karel Teige (1900-1951) anime plusieurs mouvements […] Lire la suite

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Ivo FLEISCHMANN, « NEZVAL VÍTĚZSLAV - (1900-1958) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/vitezslav-nezval/