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WOOLF VIRGINIA (1882-1941)

Ces « minuscules histoires qui passent comme l'éclair dans mon esprit »

Durant toutes ces années, l’activité principale de Virginia Woolf fut l’écriture, à laquelle elle consacrait toutes ses matinées avant de passer à la lecture de journaux, d’ouvrages à recenser et de livres de fiction qui alimentaient sa réflexion d’écrivain. Bénéficiant au départ des liens que son père avait entretenus avec le monde de l’édition, elle commença par publier des recensions en 1905 et développa peu à peu son art de l’essai, contribuant au fil des ans au Nation and Athenaeum, au New Criterion ou au Times LiterarySupplement. En 1915, elle publia son premier roman, The Voyage Out (La Traversée des apparences). Ce roman au symbolisme riche qui renouvelle le roman d’apprentissage autant que la littérature de voyage fut bien accueilli. Night and Day (Nuit et Jour), en 1919, reçut un accueil plus mitigé car il apparut comme plus classique et conventionnel, bien que remettant en cause la nécessité du mariage et la condition des femmes de l’époque édouardienne. Ce n’est qu’au début des années 1920, avec Jacob’s Room (1922, La Chambre de Jacob) et surtout avec Mrs. Dalloway (1925) que Virginia Woolf va être reconnue comme une écrivaine novatrice de grand talent. La Chambre de Jacob renouvelle l’art du portrait et de la biographie en introduisant une esthétique de la fragmentation, présentée comme une conséquence directe de la guerre ; Mrs. Dalloway plonge le lecteur dans le Londres d’après-guerre, sa modernité et ses traumatismes, sa vie mondaine et sa détresse sociale, en laissant s’exprimer des voix venues de différents milieux londoniens tout au long d’une seule journée : celles de Clarissa Dalloway et de son mari, élu à la Chambre des communes, de Peter Walsh, son premier amour parti en Inde, celle de Septimus Warren Smith, poète-soldat victime de ce que l’on appelait l’obusite (le trouble de stress post-traumatique) pendant la Grande Guerre ou encore celle de Miss Kilman, Allemande réfugiée à Londres, réduite à une vie de pauvreté et de solitude. Autant de monologues intérieurs ponctués par le carillon de Big Ben.

Isabelle Huppert dans <em>Orlando</em>, R. Wilson - crédits : Pascal Victor/ArtComPress via Leemage

Isabelle Huppert dans Orlando, R. Wilson

Deux ans plus tard, To the Lighthouse (La Promenade au phare) explore à nouveau la cassure que la guerre a introduite dans la vie de la famille Ramsay tout en évoquant les moments d’échanges silencieux, tantôt difficiles tantôt lumineux, entre Mrs. Ramsay, son mari, ses enfants et les amis de la famille, en particulier l’artiste peintre Lily Briscoe. Avec Orlando (1928), le ton change, se fait plus enjoué ; de l’élégie, Woolf passe à une fresque historique pleine d’humour qui sert de toile de fond aux changements de sexe d’Orlando, né homme et devenu femme au gré des siècles qu’il traverse. Cette biographie fictionnelle de Vita Sackville-West, que l’écrivaine rencontra en 1922 et qui fut un temps son amante, sera suivie par l’essai A Room of One’sOwn (1929, Un lieu à soi, ou Une chambre à soi dans la traduction de Clara Malraux), dans lequel Woolf dénonce l’inégalité entre hommes et femmes, celle de leur éducation et de leurs revenus n’assurant qu’une portion congrue revenant aux femmes dans l’histoire de la littérature ; pour y remédier, elle revendique un lieu à soi et un revenu pour que les femmes puissent écrire en toute liberté. Avec The Waves (1931, Les Vagues), Woolf revient à la fiction et à une prose très poétique qui évoque six personnages réduits à des voix, leur parcours de l’enfance à la mort étant accompagné par la trajectoire du soleil tout au long d’une journée et rythmé par le flux et le reflux des vagues. Deux ans plus tard, elle publie Flush, biographie du chien d’Elizabeth Barrett Browning, à moins que ce ne soit celle de Barrett Browning elle-même, Woolf mettant en place un jeu de miroir humoristique entre les deux protagonistes pour mieux revendiquer[...]

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Écrit par

  • : professeure des Universités, docteure en littérature britannique, agrégée d'anglais

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Virginia Woolf - crédits : George C Beresford/ Hulton Archive/ Getty Images

Virginia Woolf

Isabelle Huppert dans <em>Orlando</em>, R. Wilson - crédits : Pascal Victor/ArtComPress via Leemage

Isabelle Huppert dans Orlando, R. Wilson

<em>Freshwater</em> de V. Woolf, mise en scène de Simone Benmussa - crédits : Micheline Pelletier/ Gamma-Rapho/ Getty Images

Freshwater de V. Woolf, mise en scène de Simone Benmussa

Autres références

  • LES VAGUES, Virginia Woolf - Fiche de lecture

    • Écrit par Christine REYNIER
    • 782 mots

    Virginia Woolf publia Les Vagues en 1931 dans la Hogarth Press, la maison d’édition qu’elle avait fondée avec son mari, trois ans après Orlando et deux ans après Un lieu à soi. Cet ouvrage expérimental, typique du modernisme britannique, se présente, selon les mots de l’auteure, comme « un...

  • MRS. DALLOWAY, Virginia Woolf - Fiche de lecture

    • Écrit par Marc PORÉE
    • 842 mots
    • 1 média

    Avec Mrs. Dalloway (1925), Virginia Woolf (1882-1941) trouve sa voix en déclinant le modernisme au féminin. Sans être une pionnière de l'écriture féminine (que l'on songe aux sœurs Brontë ou à George Eliot), ni un écrivain féministe (les féministes n'aiment pas forcément l'auteur d'...

  • LA PROMENADE AU PHARE, Virginia Woolf - Fiche de lecture

    • Écrit par Marc PORÉE
    • 1 084 mots
    • 1 média

    Souvent considéré comme le chef-d'œuvre de Virginia Woolf (1882-1941), La Promenade au phare (1927) est également le plus autobiographique de ses romans, celui dans lequel elle a amplifié la technique du « flux de conscience » abordée dans Mrs Dalloway (1925). Sans être le premier écrivain...

  • UN LIEU À SOI, Virginia Woolf - Fiche de lecture

    • Écrit par Christine REYNIER
    • 755 mots

    Dans Un lieu à soi, Virginia Woolf donne libre cours à son talent d’essayiste, pour lequel elle fut d'abord connue. Né de deux conférences sur « Les femmes et la fiction » prononcées à l'université de Cambridge – plus exactement à Newnham College le 20 octobre 1928 et à Girton College le 26 octobre...

  • WOOLF VIRGINIA - (repères chronologiques)

    • Écrit par Jean-François PÉPIN
    • 420 mots

    25 janvier 1882 Naissance à Londres de Virginia Adeline Stephen.

    1895 Mort de Julia Stephen, mère de Virginia. Première dépression nerveuse de celle-ci.

    1897 Virginia commence à tenir régulièrement un journal.

    1898-1900 Virginia suit des cours au King's College de Londres.

    1904 Mort de...

  • BELL VANESSA (1879-1961)

    • Écrit par Camille VIÉVILLE
    • 863 mots

    Vanessa Bell est l’une des animatrices, avec sa sœur Virginia Woolf, du groupe de Bloomsbury, cénacle libéral qui réunit à Londres, au début du xxe siècle, écrivains, intellectuels et peintres, parmi lesquels J. M. Keynes, Clive Bell, Duncan Grant, Roger Fry ou encore Leonard Woolf, tous...

  • BLOOMSBURY GROUPE DE

    • Écrit par André TOPIA
    • 803 mots
    • 1 média

    Cénacle d'intellectuels et d'artistes liés à Cambridge, coterie d'esthètes londoniens ou confrérie secrète, le groupe de Bloomsbury fut une nébuleuse insaisissable qui, pendant les dix années précédant la Première Guerre mondiale, eut une influence déterminante sur la vie culturelle anglaise. Littérature,...

  • FÉMINISME - Le féminisme des années 1970 dans l'édition et la littérature

    • Écrit par Brigitte LEGARS
    • 6 178 mots
    • 6 médias
    ...littéraires dominants, ainsi que des revues de critique littéraire et culturelle (telle la revue Signs à Chicago). Si, enfin, l'essai-fiction de Virginia Woolf intitulé Trois Guinées (1938) a rencontré un succès tel qu'il a été traduit et publié à nouveau dans la plupart des pays où existe une...
  • GARNETT ANGELICA (1918-2012)

    • Écrit par Universalis
    • 398 mots

    Écrivain et peintre britannique, Angelica Garnett fut la dernière représentante du groupe de Bloomsbury, qui réunissait du début du xxe siècle et jusqu'à la Seconde Guerre mondiale de nombreux artistes et intellectuels britanniques, parmi lesquels Virginia et Leonard Woolf, Roger Fry, J. M. Keynes,...

  • Afficher les 7 références

Voir aussi