CHKLOVSKI VIKTOR BORISSOVITCH (1893-1984)

Une extrême diversité dans l'œuvre (romans, essais, mémoires, scénarios, études littéraires et historiques), le non-conformisme de la pensée, une production abondante — plus de soixante œuvres, des centaines d'articles écrits de 1908 à nos jours —, rendent Chklovski difficile à classer et déroutant.

Théoricien de la littérature, il est un des pétersbourgeois fondateurs de l'Opoïaz, mouvement d'où sort le formalisme russe, dont il est un des penseurs les plus originaux et les plus féconds : Théorie de la prose (Teorija prozy, 1925). Il participe à la révolution sur des positions socialistes-révolutionnaires, à la guerre civile dans l'Armée rouge, émigre et revient en 1923. Il est partie prenante dans les mouvements littéraires les plus significatifs de la jeune Union soviétique : c'est le théoricien des Frères Sérapion, il fait partie du LEF (Front gauche de l'art) de Maïakovski en 1923. Toute cette période de participation à la vie politique et littéraire est racontée dans Le Voyage sentimental (Sentimental'noe putešestvie, 1923) et dans Zoo ou Lettres pas sur l'amour (Zoo ili pis'ma ne o ljubvi). Le premier de ces romans contient un récit de l'odyssée de l'auteur depuis la révolution de Février, où le documentaire sur l'époque s'allie à l'autobiographie. Le second se présente comme une suite de lettres d'amour dont Ettore Lo Gatto écrit judicieusement que, si l'on n'y parle point d'amour, « tout sujet abordé en trahit la pensée obsédante, qui hante le héros : exemple abstrait pour ainsi dire d'une peinture de la réalité où celle-ci n'apparaîtrait que camouflée » (Histoire de la littérature russe). Dans ses œuvres, en accord avec ses théories, Chklovski bouleverse les genres littéraires. De retour en U.R.S.S., il travaille pour le cinéma avec les plus grands réalisateurs : Eisenstein, Poudovkine, Dovjenko, et d'autres. Au début des années trente, il est contraint d'abandonner les thèses formalistes violemment critiquées à l'époque et se tourne vers les biographies, l'histoire. Il est de ceux à qui une attitude digne pendant l'époque stalinienne permet d'avoir une nouvelle période de création féconde après le dégel, même si on l'accuse en Occident d'avoir abandonné ses idées « formalistes ». Pendant cette dernière période, il reprend ses analyses précédentes, rédige une biographie de Tolstoï (Tolstoj, 1963), et tire le bilan de sa vie dans des œuvres qui mélangent souvenirs et réflexions théoriques : Il était une fois (Žili-byli, 1963), La Corde de l'arc (Tetiva, 1970), L'Énergie de l'erreur (Energija zabluždenija, 1981).

—  Alexis BERELOWITCH

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  • : agrégé de l'Université, maître de conférences à l'université de Paris-Sorbonne

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Pour citer l’article

Alexis BERELOWITCH, « CHKLOVSKI VIKTOR BORISSOVITCH - (1893-1984) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/viktor-borissovitch-chklovski/