BOCCIONI UMBERTO (1882-1916)

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« Il n'y a qu'une loi pour l'artiste, c'est la vie moderne et la sensibilité futuriste », écrivait Umberto Boccioni, qui est incontestablement, avec le poète Marinetti, le protagoniste le plus important et la figure la plus complète du mouvement futuriste : il en fut le théoricien le plus lucide, tout en demeurant avant tout peintre et sculpteur. Né à Reggio de Calabre, Boccioni obtient un diplôme de l'Institut technique de Catane et se rend à Rome, où il fréquente Severini et surtout l'atelier de Balla qui l'initie à la technique divisionniste et qui lui fait découvrir une thématique sociale et urbaine. À Paris et à Moscou, Boccioni fait le point sur l'ensemble des grands courants artistiques contemporains et en 1907 il écrit : « Je sens que je veux peindre le neuf... il me semble aujourd'hui, tandis que l'analyse scientifique nous montre merveilleusement l'univers, que l'art doit se faire l'interprète de la renaissance vigoureuse et fatale d'un nouvel idéalisme positif. » En 1911, le peintre réalise l'une de ses œuvres maîtresses, le triptyque Les États d'âme (Museum of Modern Art, New York). Projection d'un état émotif que scandent la décomposition, le croisement ou la superposition des grandes lignes directrices — différentes pour chacun des tableaux — ce triptyque reste une étude remarquable sur l'ensemble des sensations et des émotions qui nous traversent et que nous percevons globalement au moyen d'une synthèse aiguë de tous nos sens. La technique utilisée alors par l'artiste est le divisionnisme, qui restera pendant de nombreuses années son meilleur instrument formel, et qui se teinte chez lui, comme chez un certain nombre d'artistes italiens, de naturalisme, de symbolisme, de vérisme social, sans oublier une composante expressive accentuée par le tempérament passionné du peintre. La même année, il signe le Manifeste de la peinture futuriste avec Balla, Severini, Carrà et Russolo, ayant alors autant le souci d'élaborer une théorie cohérente du mouvement que d'en appliquer les principes dans le double domaine de la peinture et de la sculpture. Ses tableaux (Élasticité, coll. Junker, Milan, Le Dynamisme d'un joueur de football, 1913, Museum of Modern Art), d'où disparaît toute thématique sociale, révèlent ses idées sur le dynamisme du corps humain et des formes, unis dans la continuité de l'espace grâce aux vibrations de la lumière ; Boccioni va jusqu'à une transposition imaginaire de cette notion de dynamisme spatial, qui l'amène aux limites de l'abstraction. Dans la sculpture (Formes uniques de continuité dans l'espace, 1913, Galleria d'Arte Moderna, Milan), il tente d'unir dans la multiplication des plans et les torsions qu'il impose au corps humain comme aux objets « l'infini plastique extérieur à l'infini plastique intérieur ». À partir de 1914, Boccioni subit l'influence du cubisme, et son œuvre s'oriente vers des sujets plus statiques, bien que ses ambitions expressives demeurent. L'influence de Cézanne et du cubisme cézannien marque dans son travail une certaine régression, qui s'accentue encore dans ses derniers tableaux, paysages ou natures mortes. Également théoricien remarquable, sans doute le plus important du futurisme, Boccioni a publié en particulier le Manifeste de la sculpture futuriste, et surtout en 1914 Peinture-sculpture futuriste, qui font de lui l'un des grands créateurs italiens du début du siècle. Engagé volontaire en 1915, Boccioni meurt prématurément à trente-quatre ans des suites d'une chute de cheval.

Les fondateurs du futurisme

Photographie : Les fondateurs du futurisme

Les fondateurs du futurisme en 1912. De gauche à droite, Luigi Russolo, Carlo Carrà, Filippo Tommaso Marinetti, Umberto Boccioni, Gino Severini. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Dynamisme d'un corps humain, U. Boccioni

Photographie : Dynamisme d'un corps humain, U. Boccioni

Umberto Boccioni, Dynamisme d'un corps humain, 1913. Huile sur toile, 100 cm   100 cm. Galleria d'arte moderna, Milan. 

Crédits : C. Cigolini/ De Agostini/ Getty Images

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Formes uniques de continuité dans l'espace, U. Boccioni

Photographie : Formes uniques de continuité dans l'espace, U. Boccioni

Umberto Boccioni, Formes uniques de continuité dans l'espace, 1913, bronze, 111,2 cm x 88,5 cm x 40 cm. Galleria d'Arte Moderna, Milan. 

Crédits : Bridgeman Images

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Les fondateurs du futurisme

Les fondateurs du futurisme
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Dynamisme d'un corps humain, U. Boccioni

Dynamisme d'un corps humain, U. Boccioni
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Formes uniques de continuité dans l'espace, U. Boccioni

Formes uniques de continuité dans l'espace, U. Boccioni
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Pour citer l’article

Maïten BOUISSET, « BOCCIONI UMBERTO - (1882-1916) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/umberto-boccioni/