TRAITÉ DES MONNAIES, Nicolas OresmeFiche de lecture

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Une volonté de rigueur monétaire

Le traité s'inscrit dans la production intellectuelle que suscite la situation critique de la France du xive siècle : désastres militaires à répétition, déroute économique et famine dont la grande jacquerie de 1358 est la conséquence la plus spectaculaire, crise monétaire marquée depuis la fin du xiiie siècle par une succession de déflations et de hausses brutales des prix, désordre politique dont le paroxysme est atteint lors de la tentative de sédition d'Étienne Marcel ; tout concourt à l'affaissement du royaume.

Cette époque troublée réclame des réformes, la remise en cause des schémas intellectuels hérités du xiiie siècle. Dans un monde dominé par l'aristotélisme thomiste des dominicains, Oresme appartient au groupe des réformateurs nominalistes franciscains dont le chef de file français est Jean Buridan.

Les débats entre nominalistes et thomistes portent sur de multiples sujets qui dérivent tous de la célèbre « querelle des universaux ». À l'occasion de cette querelle, les thomistes défendent une vision de la politique où le pouvoir se centre sur l'Église et sur le prince, son bras séculier. Sur le plan monétaire, cela signifie que ces autorités disposent à leur guise de la monnaie qui fait partie des moyens d'asseoir un pouvoir qu'ils tiennent de choix divins. Les nominalistes incarnent une vision plus démocratique et plus nationale de la société. Ils affirment l'existence d'un domaine privé, individuel, singulier qui échappe aux lois strictes de la raison. L'homme voulu libre par Dieu, la nature issue de ses choix impénétrables ne peuvent se réduire à la description abstraite des thomistes. Oresme en tire les conséquences politiques et économiques. Conseiller de Charles V, s'il comprend les revendications populaires que porte Étienne Marcel, il est attaché aux prérogatives royales, mais dans une vision où le roi sert Dieu en servant le peuple chrétien. Sur le plan monétaire, cela signifie que le roi ne peut manipuler la monnaie.

Cette volonté de rigueur qui sera reprise et précisée par Jean Bodin au xvie siècle est celle que défendront en leur temps David Ricardo ou Jacques Rueff. Pourtant, la paternité d'Oresme fut peu évoquée. Lorsqu'il meurt en 1382, il est un évêque de Lisieux reconnu et respecté. Mais la France va sombrer dans la folie avec le malheureux Charles VI, oublier Oresme et manipuler sa monnaie. C'est en 1864 que le Français Louis Wolowski entreprend sa réhabilitation. L'école historique allemande, notamment Wilhem Roscher, lui emboîte le pas en cherchant dans les écrits anciens à se dégager de la prééminence théorique de l'école anglaise. Le texte du Traité est depuis régulièrement cité.

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ÉCONOMIE (Histoire de la pensée économique) - Monétarisme

  • Écrit par 
  • Jean-Marc DANIEL
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Dans le chapitre « L'équation quantitative de la monnaie »  : […] La légitimité de cette l'affirmation, selon laquelle l'expansion monétaire mène à l'inflation, repose sur l'équation quantitative de la monnaie, qui peut s'écrire : MV = pT, où M désigne la quantité de monnaie en circulation, ce que les économistes appellent la masse monétaire, V la vitesse de circulation de la monnaie, p le niveau général des prix et T l'ensemble des transactions effectuées. Conc […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Jean-Marc DANIEL, « TRAITÉ DES MONNAIES, Nicolas Oresme - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/traite-des-monnaies/