TÉNIASIS

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Parasitoses humaines dues à diverses espèces de vers plats (plathelminthes) à corps formé d'une succession d'anneaux (ou strobiles) et appartenant au vaste groupe des cestodes ou ténias. Ces ténias parasites de l'homme à l'état adulte déterminent des maladies le plus souvent bénignes, liées à la présence des vers dans l'intestin grêle et groupées sous le terme général de téniasis. Ces maladies s'opposent donc aux maladies déterminées par l'infestation d'un individu humain par des larves de ténias dont l'évolution spontanée est le plus souvent mortelle en l'absence d'extirpation chirurgicale.

Les ténias de l'homme ont une taille très variable mais certains dépassent 10 mètres de longueur ! C'est à tort qu'on les qualifie de « vers solitaires », car un seul malade peut en héberger plusieurs voire quelques centaines. La « tête » ou scolex (de 1 à 2 mm de diamètre) porte les organes de fixation qui sont des ventouses ou des crochets ou, simultanément, ces deux types d'organes. Le scolex adhère ainsi à la paroi intestinale tandis que le reste du corps flotte librement dans la lumière de cet organe, se nourrissant (par voie transtégumentaire) du contenu du grêle. Ce corps comprend un cou à partir duquel bourgeonnent, en permanence, des anneaux ou segments formant une sorte de ruban continu de plus en plus large. Ces anneaux sont avant tout destinés à la reproduction et sont hermaphrodites. Toutefois, ils sont d'abord des mâles fonctionnels avant de devenir femelles (protérandrie). Certains ténias sont ainsi formés d'une succession de plus de deux mille anneaux. Dans l'utérus de chaque segment se développent des milliers d'œufs. Lorsqu'ils sont mûrs, ou bien ils sont pondus séparément, ou bien ils sont éliminés à l'extérieur avec les anneaux de l'extrémité distale de la chaîne. Selon les espèces, ces anneaux mûrs, bourrés d'œufs, sont expulsés avec les selles ou bien franchissent activement le sphincter anal. Les œufs résistent pendant des mois dans le milieu extérieur. Lorsqu'ils sont avalés par les hôtes intermédiaires convenant à chaque espèce de ténia (bœuf, porc, poissons, insectes divers...), ils deviennent des larves infestantes. L'homme se contamine en mangeant la chair de ces animaux parasités (viande de bœuf ou de porc mal cuite, puces, vers de farine ou blattes tombées accidentellement dans les aliments, ovaires de poissons consommés crus ou faiblement salés). Les ténias en cause sont soit les Cyclophyllidés (Taenia saginata et Taenia solium, variétés bien spécifiquement humaines), soit des Pseudophyllidés, tel Dibothriocephalus latus.

Taenia saginata est très répandu en France (environ 300 000 cas par an). Ses œufs sont ingérés par le bœuf et donnent une larve infestante (cysticerque) qui s'enkyste dans les muscles. L'homme se contamine en consommant de la viande crue ou saignante. La larve se transforme (en trois mois environ) dans le tube digestif en un ténia adulte dont la présence semble conférer une immunité contre la surinfestation, ce qui justifie le nom de ver solitaire. Pendant cette période de maturation, le parasitisme se traduit par de la fatigue, des douleurs abdominales, des manifestations allergiques, une éosinophilie sanguine, et parfois des troubles nerveux ou psychiques. Lorsque le ver est adulte, ne persistent que les troubles digestifs. Le diagnostic n'est possible qu'à cette période par la recherche des œufs ou des anneaux dans les selles.

Taenia solium, très rare en France, se rencontre surtout en Espagne, en Afrique, en Amérique centrale, en Extrême-Orient. Son cycle évolutif est comparable à celui du Taenia saginata, mais l'hôte intermédiaire est le porc. Outre le téniasis, il peut déterminer une cysticercose humaine (enkystement des larves), bénigne si elle est sous-cutanée, grave dans ses localisations nerveuses ou oculaires.

D'autres ténias ne se développent chez l'homme que de façon accidentelle, et sont ordinairement hébergés par divers animaux. Citons Hymenolepis diminuta (parasite de l'intestin des petits rongeurs), Inermicapsifer arvicanthidis (rongeurs, singes d'Amérique), Dipylidium caninum (chiens, chats).

Le bothriocéphale, Dibothriocephalus latus, est le plus grand des cestodes humains (certains mesurent jusqu'à 20 mètres). L'homme et de nombreux autres mammifères hébergent l'adulte dans l'intestin grêle. Les œufs sont éliminés par les selles, puis s'embryonnent. Si l'œuf mûr tombe à l'eau, il éclôt ; il en sort une larve ciliée, nageuse, qui évoluera dans le tube digestif d'un petit crustacé, le cyclops, premier hôte intermédiaire. Le deuxième hôte intermédiaire est un petit poisson qui mange le crustacé. Le troisième est un poisson plus gros (carnassiers d'eau douce tels que brochets, perches, aloses). L'homme s'infeste en mangeant la chair crue ou mal cuite de ces prédateurs. Outre les troubles digestifs et nerveux, la botriocéphale peut être responsable de graves anémies hyperchromes.

Le diagnostic positif des téniasis repose avant tout sur l'examen coprologique : identification des anneaux trouvés dans les selles, examen microscopique des selles. Parmi les médicaments les plus efficaces figurent la niclosamide et le praziquantel. On prescrit la vitamine B12 en cas d'anémie bothriocéphalique. En ce qui concerne la prophylaxie, elle consiste à ne pas consommer crus ou mal cuits les aliments qui contiennent les larves. En outre, il faut exercer un contrôle sanitaire de la viande de porc. Enfin, les mesures d'hygiène générale ont pour but d'empêcher la dissémination des œufs par les fèces des sujets parasites, mais elles sont illusoires.

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Écrit par :

  • : professeur à la faculté de médecine de Paris-Saint-Antoine, université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie

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Pour citer l’article

Yves GOLVAN, « TÉNIASIS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/teniasis/