SU SHI [SOU CHE] (1037-1101)

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Su Shi est souvent cité comme le type du lettré complet de l'histoire chinoise : homme politique engagé dans les luttes qui partagent ses contemporains, haut fonctionnaire puis exilé politique aux confins de l'Empire, mais en même temps esthète raffiné cultivant tous les arts de l'« honnête homme » de son temps, l'art de la conversation avec des lettrés, des moines ou des courtisanes, la musique dont il joue et qu'il apprécie, la peinture et la calligraphie où il passe pour un maître, enfin la littérature avec tous ses genres (et principalement les genres poétiques), qui est sans doute ce qui a le plus contribué à le rendre célèbre.

Un esprit libéral

Su Shi, appelé habituellement de son nom littéraire Su Dongpo, est né dans l'Ouest chinois, au Sichuan, dans un terroir de vieille culture qui forme une sorte de nation à part dans le monde chinois et qui a fourni à la Chine quelques-uns de ses plus grands poètes. Il ne naquit pas dans une ancienne et noble famille, mais dans une de ces familles, comme ce fut souvent le cas en Chine, passées en une génération de la paysannerie au mandarinat. Son grand-père était en effet un paysan illettré mais riche, ce qui lui permit de faire faire de brillantes études à son fils, Su Xun (1009-1066), le père de Su Shi. Su Xun est connu comme un lettré de talent et, avec Su Shi et le cadet de celui-ci, Su Che (1039-1112), forme le trio littéraire appelé « les trois Su ». Des trois, Su Shi est, de beaucoup, le plus important.

Après de brillantes études, Su Shi et son frère passèrent ensemble les examens impériaux en 1057, le premier ayant été reçu en tête des lauréats. Le chef des examinateurs était l'un des principaux lettrés du temps, Ouyang Xiu (1007-1072). Dans les années qui suivirent, les trois Su reçurent des postes dans l'administration impériale, mais, malgré sa renommée de lettré, Su Shi commença par des fonctions secondaires, en province puis à la capitale. Quelques années plus tard, Wang Anshi (1021-1086) mettait en œuvre ses réformes et Su Shi se trouva, avec son maître Ouyang Xiu et les plus grands lettrés de l'époque, dans les rangs du parti conservateur. Cela l'empêcha de faire carrière à la capitale, mais il fut nommé vice-gouverneur de Hangzhou. Cette très belle ville non loin de la mer, avec son magnifique lac de l'Ouest entouré de collines boisées de bambous, fut un séjour heureux pour Su Shi, qui y prit part à de nombreuses « parties de plaisir » où il eut l'occasion de composer beaucoup de poèmes. Il fut ensuite gouverneur de plusieurs cités du nord au centre de la Chine, de 1074 à 1079. Sa situation personnelle n'était pas très brillante, car les salaires des fonctionnaires avaient été fortement réduits par les réformes en cours ; la misère, malgré les efforts de Wang Anshi qui fut d'ailleurs écarté du pouvoir, s'était souvent accrue dans les campagnes et Su Shi chercha à venir en aide aux plus pauvres. Les poèmes de cette période sont imprégnés de tristesse. En 1079, il est brusquement arrêté, conduit à la capitale et emprisonné pour avoir « calomnié l'empereur », c'est-à-dire critiqué le gouvernement. Il craint alors d'être mis à mort, mais il est exilé à la campagne, sur les bords du Yangzi, où il cultive la terre pour vivre en même temps qu'il compose quelques-uns de ses chefs-d'œuvre. En 1086, rappelé à la cour, il devint Premier ministre, comme chef du parti des conservateurs. Malgré de vives attaques, il resta au pouvoir quelques années grâce à la protection de l'impératrice ; il y défendit fermement la liberté pour tous de s'adresser à l'empereur et la lutte contre la corruption. Lassé des critiques, il obtint de quitter sa charge en mars 1089 pour remplir divers postes de gouverneur dans les provinces du Centre. Mais, en 1094, avec la mort de l'impératrice douairière et le retour au pouvoir des successeurs de Wang Anshi, Su Shi fut condamné à l'exil dans le sud de la Chine près de Canton, puis dans l'île de Hainan au climat tropical. En 1100, la mort de l'empereur lui permit de quitter ce lointain exil, mais il mourut sur la route du retour vers la capitale.

Il y eut peu d'exemples dans l'histoire chinoise d'une vie aussi mouvementée que celle de Su Shi, ce qui peut s'expliquer par quelques traits de sa personnalité. Ce fut un homme d'une grande spontanéité, franc et libre d'esprit ; soucieux de bien remplir les devoirs de ses charges successives, il l'était également de venir en aide au [...]

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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-VII, directeur de l'Institut des hautes études chinoises au Collège de France

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Pour citer l’article

Yves HERVOUET, « SU SHI [SOU CHE] (1037-1101) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/su-shi-sou-che/