SPLENDEUR DE VENISE (exposition)

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L'exposition Splendeur de Venise, 1500-1600, présentée successivement au musée des Beaux-Arts de Bordeaux (14 décembre 2005-19 mars 2006), puis au musée des Beaux-Arts de Caen (1er avril-3 juillet 2006), poursuivait une tradition désormais bien ancrée dans les musées français, remontant aux années 1960-1970 : celle de la présentation d'une époque, d'un style, fondée sur les œuvres conservées dans les collections publiques françaises, notamment les musées de province.

Outre leur aspect pédagogique – peu de collections permanentes permettent à elles seules des rétrospectives d'une telle ambition –, elles sont au ssi l'occasion de découvertes ou de redécouvertes, car toujours fondées sur un important travail scientifique. L'exposition de Bordeaux et de Caen, dont les deux musées étaient également responsables, est de ce point de vue typique. Elle se situe en effet dans le prolongement du projet de répertoire des tableaux italiens du xive au xixe siècle dans les collections nationales, musées, églises et bâtiments publics, mené par l'Institut national d'histoire de l'art, sous la direction de Michel Laclotte.

Les œuvres présentées (à peu de choses près, les mêmes sur les deux sites) ne devaient pas prioritairement venir des collections parisiennes. Deux tableaux seulement appartenaient au Louvre, destinés à combler les manques ou les faiblesses des musées de province : La Vierge au lapin de Titien et une des acquisitions les plus marquantes des trente dernières années, Le Christ portant sa croix de Lorenzo Lotto. Le département des Arts graphiques, de même que la Fondation Custodia (Institut néerlandais) et l'École nationale supérieure des beaux-arts à Paris avaient aussi apporté une importante contribution à la section des dessins, les musées de province possédant en la matière des fonds importants, par exemple celui de Rennes, grâce à la collection du Président de Robien saisie pendant la Révolution. Cela permettait aussi d'étoffer la présentation de courants peu illustrés par les tableaux exposés (ainsi le paysage ou le « giorgionisme »), ou encore de montrer, côte à côte, un dessin préparatoire et l'œuvre définitive.

Le résultat, quoique présenté différemment à Bordeaux et à Caen, en fonction des espaces de chaque musée, offrait un panorama très complet de la peinture et des arts graphiques à Venise au xvie siècle, avec de superbes ensembles, notamment de Véronèse, Tintoret et des Bassano, mais aussi des œuvres de Paris Bordone, Palma le jeune, Cariani, Schiavone ou Giuseppe Salviati, ainsi que d'artistes finissant leur carrière aux alentours de 1500, tels Giovanni Bellini et Vittore Carpaccio, sans oublier des étrangers ayant travaillé alors à Venise, comme Lambert Sustris. Peu de tableaux importants conservés en province avaient été refusés. Un grand nom seulement manquait, celui de Giorgione (mais aucun musée français ne possède une de ses œuvres, Le Concert champêtre lui étant aujourd'hui généralement retiré). Quant à Titien, ses tableaux conservés dans les musées de province, malgré leur intérêt historique ou iconographique, ne sont pas de la qualité de l'incomparable série du Louvre, que ce soit par leur état, souvent mauvais, ou par leur caractère douteux, des œuvres autrefois jugées authentiques étant désormais considérées comme des répliques d'atelier ou des œuvres exécutées en collaboration.

L'ensemble reflétait la constitution des collections de peinture vénitienne en France depuis la Renaissance. Quoi qu'on ait pu en dire par après, et plus précisément au moment de la « querelle du coloris », à la fin du xviie siècle, ces tableaux furent toujours appréciés de ce côté-ci des Alpes. Les amateurs de l'Ancien Régime les recherchèrent, depuis les souverains, François Ier ou Louis XIV, jusqu'à d'influents particuliers comme le cardinal Mazarin, le banquier Jabach, Fouquet ou le duc de Richelieu. La Révolution, puis l'Empire, permirent à la fois un nouvel enrichissement grâce aux œuvres conquises en Italie, dont beaucoup de celles envoyées en province ne furent pas réclamées par les commissaires alliés en 1815 et restèrent donc en France, grâce aussi à leur redistribution dans les musées nouvellement créés, le Louvre se réservant pourtant les tableaux majeurs ou jugés les plus importants. Le xixe siècle vit la poursuite d'une politique d'acquisition régionale, parfois à la suite de circonstances historiques particulières, comme la reconstitution par Wilhelm von Bode des collections du musée de Strasbourg, détruit en 1870. Les nombreuses donations ayant enrichi les musées comptèrent alors, presque toujours, un ou plusieurs tableaux vénitiens. Après une période de stagnation entre les deux guerres, les achats reprirent après 1950.

Récemment encore, la donation de la collection Bemberg (1994-1995) à la ville de Toulouse, ou l'acquisition, comme trésor national, d'une collection de dessins italiens (2004) répartie entre Paris et plusieurs musées de province, ont encore enrichi les collections publiques d'œuvres vénitiennes. La vitalité des institutions régionales se manifeste ainsi aussi bien pour l'accroissement de leurs fonds que dans leur étude et leur présentation, ce dont témoigne à la fois cette exposition et le rigoureux catalogue qui, publié sous la direction d'Olivier Le Bihan et Patrick Ramade, par les éditions Somogy à Paris, lui donne son nécessaire prolongement scientifique.

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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Barthélémy JOBERT, « SPLENDEUR DE VENISE (exposition) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/splendeur-de-venise/