CARPACCIO VITTORE (1460 env.-1526)

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L'œuvre de Vittore Carpaccio n'a pas connu les longues périodes d'oubli et les « résurrections » spectaculaires dont l'histoire de l'art offre bien des exemples. Les jugements n'en ont pas moins varié, au cours des siècles, sur la valeur et la portée de sa vision picturale, sur l'originalité de son art. Les évocations radieuses, héroïques ou familières, des grandes toiles peintes pour les scuole vénitiennes exercent un attrait irrésistible, une fascination immédiate auxquels ont été sensibles, dès le xvie siècle, les amateurs et les critiques. Mais, après la ferveur enthousiaste de Ruskin et de ses disciples, s'est dessinée une réaction tendant à faire de Carpaccio un simple « illustrateur » des légendes sacrées, un narrateur pittoresque, émule de Gentile Bellini et de Lazzaro Bastiani. Depuis le début des années soixante, un catalogue mieux établi de ses œuvres, des attributions nouvelles et convaincantes concernant notamment le début de sa carrière, une analyse approfondie des peintures connues depuis longtemps, mais regardées avec une plus grande attention critique, tout cela révèle une personnalité beaucoup plus riche et complexe qu'il n'apparaissait d'abord.

Rencontre à la porte Dorée, V. Carpaccio

Photographie : Rencontre à la porte Dorée, V. Carpaccio

Vittore Carpaccio (1460 env.-1526), Rencontre à la porte Dorée, huile sur panneau. Galleria dell'Accademia, Venise. 

Crédits : Bridgeman Images

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Le patriarche de Grado guérit un possédé, V. Carpaccio

Photographie : Le patriarche de Grado guérit un possédé, V. Carpaccio

Vittore Carpaccio, «Le patriarche de Grado guérit un possédé», 1494. Détail. Huile sur toile, 365 cm × 389 cm. Galleria dell'Accademia, Venise. 

Crédits : Cameraphoto/ AKG-images

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Premières influences

On sait peu de chose de la vie de Carpaccio, et la date même de sa naissance ne peut être établie que d'une façon approximative. Fils d'un fourreur et neveu d'un moine (qui le cite dans son testament en 1472), il exécute probablement lui-même la première œuvre signée qui nous soit conservée – le Polyptyque de la cathédrale de Zara – puis, en septembre 1490, la première toile du cycle de sainte Ursule, L'Arrivée à Cologne. Ces indications laissent totalement dans l'ombre les années de formation du peintre. Mais la mise en rapport des œuvres de jeunesse avec le milieu artistique vénitien de l'époque permet de définir les éléments essentiels qui sont intervenus dans l'élaboration de son art.

Antonello de Messine

Le séjour d'Antonello de Messine à Venise (1475-1476) a profondément marqué le milieu dans lequel s'est formé Carpaccio. Antonello révèle aux peintres de la lagune un univers pictural où la lumière modèle des formes simples, équilibre la composition et donne à la surface peinte une densité nouvelle. Carpaccio découvre-t-il cet univers à travers Montagna, Alvise Vivarini, Giovanni Bellini ou par le contact direct des œuvres d'Antonello ? Il est probable qu'il n'a ignoré ni les œuvres que celui-ci avait laissées à Venise, comme la pala de San Cassiano, ni bien sûr les réactions de ses condisciples. En fait, ses premières œuvres, que l'on peut situer vers 1480, le Salvator mundi, La Vierge en trône avec quatre saints du musée de Vicence, attribuée pour la première fois à Carpaccio par R. Longhi en 1946, reflètent essentiellement l'influence d'Antonello par leur ordonnance ferme et la structure même des visages sculptés dans la lumière.

Le cycle de sainte Ursule

En 1490, Carpaccio signe et date sa première composition pour le cycle de la « Légende de sainte Ursule » (qui n'est pas, en fait, le premier épisode de l'histoire) : L'Arrivée de sainte Ursule à Cologne. Il achèvera, cinq ou six ans plus tard, le décor de la scuola avec les scènes des Ambassadeurs et L'Adieu des fiancés.

La réalisation d'une grande suite comme celle de sainte Ursule, intervenant à ce moment précis de la carrière de Carpaccio, constitue un fait important. L'ampleur du programme qui lui était proposé lui permet de trouver son rythme, de développer ses intuitions, de découvrir ses possibilités avec une vivacité qu'il n'aurait peut-être pas soutenue en multipliant les tableaux d'autel et les compositions religieuses indépendantes.

Depuis la scène où Carpaccio a représenté, dans une composition rigoureuse, mais encore contrainte, l'arrivée de sainte Ursule et du pape devant Cologne assiégée par les Huns, jusqu'à la lumineuse vision de L'Adieu des fiancés, il est aisé de déceler l'aisance croissante dans la distribution des scènes juxtaposées, le sens plus affirmé des perspectives harmonieuses qui s'ordonnent en profondeur, la conquête progressive d'un espace radieux que les palais de marbre, les collines boisées, la mer enfin viennent imprégner tour à tour de gravité, de poésie sereine ou de mélancolie.

Mais cette vision sans cesse élargie ne devient jamais un exercice de « paysagiste » virtuose, elle reste familière et accessible, car le peintre l'anime de mille détails inattendus, d [...]

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Rencontre à la porte Dorée, V. Carpaccio

Rencontre à la porte Dorée, V. Carpaccio
Crédits : Bridgeman Images

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Le patriarche de Grado guérit un possédé, V. Carpaccio

Le patriarche de Grado guérit un possédé, V. Carpaccio
Crédits : Cameraphoto/ AKG-images

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Saint Augustin dans son cabinet de travail, V. Carpaccio

Saint Augustin dans son cabinet de travail, V. Carpaccio
Crédits : Bridgeman Images

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La Visitation, V. Carpaccio

La Visitation, V. Carpaccio
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  • Écrit par 
  • Marie-Geneviève de LA COSTE-MESSELIÈRE
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Pour citer l’article

Marie-Geneviève de LA COSTE-MESSELIÈRE, « CARPACCIO VITTORE (1460 env.-1526) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/vittore-carpaccio/