SOCIOMÉTRIE

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Portée de la sociométrie

Selon Moreno, la portée de la méthode sociométrique est considérable, tant sur le plan de l'ensemble des recherches psychologiques que comme source d'interventions à la fois sociales et thérapeutiques. S'il paraît excessif de souscrire entièrement aux ambitions de Moreno, force est de reconnaître que la sociométrie fournit une contribution d'envergure dans le domaine de la psychologie sociale.

D'abord, en ce qui concerne la connaissance de l'homme au sein des groupes, elle permet non seulement l'étude empirique d'une série de collectivités particulières – féconde pour le chercheur ainsi que pour le praticien – mais aussi l'élaboration de « modèles » d'une portée plus générale dans les trois perspectives de l'individu, des relations interpersonnelles et des structures groupales. Ces contributions de la sociométrie peuvent être regardées comme « intrinsèques ». En outre, il est souvent précieux, au cours de recherches d'ensemble sur les communications, de mettre les résultats sociométriques en relation avec diverses variables d'ordre psychologique ou sociologique. On peut alors parler d'un apport « extrinsèque ». Il apparaît, dans tous les cas, que le problème majeur consiste en une démarche d'interprétation à partir des informations fournies par l'« inventaire sociométrique ».

Contributions intrinsèques

Touchant l'apport intrinsèque de la sociométrie, il est possible de répartir les résultats selon les trois niveaux déjà distingués :

– au niveau des individus, l'examen des sociogrammes permet la détermination du mode de sociabilité (effective et perçue) de tel sujet à tel moment. On peut aussi suivre l'évolution des relations de chacun au sein du groupe, par exemple avant ou après un événement, ou encore au cours d'une thérapie individuelle. Relativement à l'empathie (degré d'acuité perceptive du sujet), les erreurs possibles sont de divers ordres : omissions, illusions ou méprises totales ; erreurs qui, lorsqu'elles sont systématiques, n'en posent pas moins un délicat problème d'interprétation, car elles peuvent tenir, certes, à une carence du discernement, mais aussi à une prudence plus ou moins consciente, tant vis-à-vis de l'enquêteur que de soi-même (pour se protéger des déceptions en minimisant le nombre des choix escomptés). D'autres types d'études, de nature statistique, concernent le problème de la consistance des résultats de base, notamment les corrélations « intercritériales ». La tendance très répandue qu'on a à prêter à autrui, à tort ou à raison, une attitude semblable à la sienne propre a été statistiquement établie. Ici, l'interprétation est également délicate, car la présomption de réciprocité peut tenir soit à la propre sécurisation du sujet (refus d'envisager une défection de la part de ceux qu'il aime), soit à une gratification consentie à ceux dont il suppose qu'il est aimé...

– au niveau des relations interpersonnelles, la sociométrie permet surtout une étude rigoureuse de la distribution des divers types de dyades, de la régularité de leur apparition au sein des groupes. Confrontée à une répartition purement probabiliste, cette étude démontre en particulier la prédominance significative des trois dyades unilatérales (choix sans espoir, attente illusoire et attitude projective) qui représentent près des deux tiers du nombre total des dyades. Ce point vient confirmer les difficultés de la communication si souvent évoquées par la littérature. On constate également la remarquable stabilité des relations dyadiques au cours du temps.

– au niveau des structures de groupe, les principales études sont relatives au problème de la cohésion. Des hypothèses variées ont été faites pour tenter d'évaluer cette cohésion, notamment en fonction de la plus ou moins grande homogénéité des divers statuts sociométriques. On atteint ici aux limites de la sociométrie, car la cohésion groupale relève aussi des cadres et modèles sociaux ainsi que des situations collectives auxquelles s'affronte le groupe. Une étude sociologique plus large est donc indispensable pour élucider la dynamique des groupes.

Contributions extrinsèques

Les apports extrinsèques de la sociométrie sont multiples : lorsqu'on s'intéresse aux statuts, on confronte généralement les cas extrêmes – sujets populaires et leaders d'une part, isolés et exclus d'autre part – en fonction de diverses caractéristiques faisant l'objet d'autres mesures indép [...]

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  • : professeur titulaire de psychologie sociale à l'université de Paris-X.

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Pour citer l’article

Jean MAISONNEUVE, « SOCIOMÉTRIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sociometrie/