NANTEUIL ROBERT (1623-1678)

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On peut dire de Robert Nanteuil qu'il est le Saint-Simon de la gravure. Il occupe dans la seconde moitié du xviie siècle la place que Jacques Callot tient dans la première moitié du siècle. Il n'a gravé qu'au burin, presque uniquement des portraits (221 sur un total de 229 pièces, dont 155 d'après ses propres dessins ou pastels).

Originaire de Reims, Nanteuil travaille d'abord chez son compatriote Nicolas Regnesson, dont il épouse la sœur, puis à vingt-trois ans, considérant qu'il est suffisamment préparé, après avoir soutenu sa thèse de philosophie, il décide de s'établir à Paris. Après quelques essais dans des genres divers, il se spécialise dans l'art du portrait. Comme dessinateur, il continue la tradition des Clouet et des Dumonstier, donne de l'ampleur à leur manière, abandonne le crayon rehaussé pour le pastel, et ainsi ouvre la voie à Vivien, à Rosalba Carriera, à Perronneau et à Quentin La Tour. Comme graveur, il se place parmi les principaux noms du siècle. Ses débuts difficiles ne font guère augurer qu'il deviendra l'un des portraitistes les plus en vue du royaume. Pendant dix ans, il cherche sa formule. Il étudie attentivement les œuvres de Rousselet et de Mellan, dont il adoptera très souvent la taille simple. Il retient de Morin l'emploi du pointillé pour modeler les chairs. Il apprend de Philippe de Champaigne la psychologie des visages et d'Abraham Bosse la technique de la taille du cuivre pour en exprimer l'acuité. Il commence par graver des portraits de dimensions moyennes, pour la plupart commandés par des libraires. Vers 1655, il est en pleine possession de son style personnel. Sa réputation ne cesse de grandir : il doit recourir à des praticiens pour l'exécution des accessoires, mais il se réserve le tracé de la figure et surveille la mise au point définitive. Il donne à ses planches des dimensions de plus en plus importantes et s'attaque même au portrait « fort comme nature », toujours exécuté ad vivum. Le 15 avril 1658, une ordonnance royale lui confère le titre de « dessignateur et graveur en taille-douce du Roy ». Son premier grand succès est l'exécution « sur le vif », en 1661, du portrait de Louis XIV, qui consentira de nouveau à poser onze fois pour lui. La protection constante du souverain et des hauts personnages de sa clientèle lui permet d'intervenir efficacement en faveur de ses confrères graveurs. Grâce à l'intercession du chancelier Séguier, il obtient le fameux arrêt de Saint-Jean-de-Luz, qui reconnaît la pleine liberté de l'art de graver.

De 1668 à sa mort, il n'a pas donné moins de trente-sept de ses chefs-d'œuvre, tels les portraits de Louis XIV, d'Anne d'Autriche, de Colbert, de Turenne ou de Lamoignon. Nanteuil a pour principe, comme Champaigne, de ne pas dissocier la ressemblance physique de la ressemblance psychologique. Il veut « frapper l'esprit autant que les yeux », saisir le « véritable air du modèle, c'est-à-dire l'esprit et le caractère ». Il insiste également très souvent sur la notion de tendresse et de vivacité dans l'exécution du portrait. Avec le roi, ce sont surtout les ministres et les secrétaires d'État, les hauts dignitaires du clergé et de la magistrature qui posent pour lui. Mais on relève dans son œuvre très peu d'artistes, d'écrivains et de femmes. Il ne donne donc qu'une idée assez incomplète de la société de son temps. Un tiers seulement des portraits ont été gravés d'après d'autres peintres, dont Lebrun, Mignard, et surtout Champaigne. Les deux autres tiers de son œuvre sont exécutés d'après ses propres dessins à la plume, à la pierre noire, à la sanguine et surtout au pastel. Nanteuil a employé toutes les ressources que pouvait lui offrir le burin : les boucles d'une perruque sont finement ciselées, les tissus variés et somptueux sont « peints » et reconnaissables par leur soyeux et leurs harmonieuses brisures. Le dessin des mains, élégant, fort, aristocratique, sera toujours des plus précis. Le cadre, simulant un ovale taillé dans la pierre, parfois timbré d'un écu, est conforme au goût de l'époque ; simplement traité, il laisse tout l'intérêt au portrait lui-même.

Les Maximes et Réflexions de Nanteuil sur la peinture et la gravure, ainsi que les Conseils recueillis par son élève Tempesti permettent de mieux connaître ses théories. Toujours [...]

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Pour citer l’article

Gérard ROUSSET-CHARNY, « NANTEUIL ROBERT - (1623-1678) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/robert-nanteuil/