HAVEMANN ROBERT (1910-1982)

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Résistant antifasciste, Robert Havemann, savant de réputation internationale, connut tous les honneurs en République démocratique allemande avant de devenir son dissident le plus célèbre.

Né le 11 mars 1910 à Munich, il fit des études de chimie aux universités de Munich et de Berlin et entra dès 1932 à l'Institut Kaiser Wilhelm de chimie physique et d'électrochimie à Berlin. Bien que renvoyé de cet institut en 1933 pour raisons politiques, il fut autorisé à poursuivre ses travaux. Adhérent du Parti communiste d'Allemagne (K.P.D.) depuis 1932, il participa à la lutte clandestine contre Hitler et le national-socialisme dès l'année suivante. Il créa pendant la guerre un groupe de résistants appelé Union européenne, en rapport avec des Français et des Soviétiques soumis au régime du travail forcé. Après son arrestation, il fut condamné à mort le 16 décembre 1943 par le tribunal du peuple. Son exécution fut repoussée à deux reprises, tant l'armée tenait à la poursuite de ses travaux, même en prison.

Robert Havemann fut libéré par les Soviétiques le 27 avril 1945. Resté fidèle au K.P.D., il entra au Parti socialiste unifié (S.E.D.), né de la fusion forcée des partis communiste et socialiste et qui allait devenir le parti dominant en zone soviétique puis en R.D.A. Il participa à la fondation du Kulturbund, une organisation destinée à embrigader la vie culturelle sous le contrôle soviétique. Pendant cinq années, Robert Havemann partagea sa vie entre les deux Berlin. Il habitait dans la partie occidentale où il dirigeait l'Institut Kaiser Wilhelm. Les Américains le démirent de ses fonctions en 1948 pour avoir critiqué la politique atomique des États-Unis, mais il conserva la responsabilité du département de physique et d'électrochimie de l'Institut. Parallèlement à ces activités scientifiques à Berlin-Ouest, il enseignait à l'université Humboldt à Berlin-Est. Spécialiste de la photosynthèse, il contribua par ses travaux au développement de la bombe atomique soviétique et au succès de la conquête de l'espace par l'U.R.S.S. En février 1950, la municipalité de Berlin-Ouest le renvoya de l'Institut Kaiser Wilhelm car il avait été élu député à la Chambre du peuple de R.D.A., sur la liste du Kulturbund.

Les événements de Pologne et de Hongrie en 1956 et la construction du Mur de Berlin en 1961 déclenchèrent chez ce savant un processus de réflexion critique accompagné d'un engagement politique de plus en plus marqué. À partir d'une approche anthropologique et éthique des problèmes, il remettait en cause les dogmes du S.E.D. et élaborait une philosophie utopique de la liberté. Il reprochait à la philosophie officielle d'être devenue une sorte de matérialisme vulgaire et aux responsables de l'État de discréditer le matérialisme dialectique. Une telle profession de foi lui valut de sérieuses mises en garde par les idéologues du régime.

Ses critiques prirent un caractère encore plus systématique durant l'hiver de 1963-1964. Robert Havemann donna à l'université Humboldt une série de conférences qui connurent un grand retentissement et attirèrent de nombreux étudiants de toute la R.D.A. Il accusait le marxisme dialectique de la R.D.A. et de l'U.R.S.S. d'être en retard sur les sciences naturelles et de mal les interpréter. Il suspectait le discours officiel du régime de limiter la portée du savoir et de transformer le marxisme en une idéologie mécanique. Condamnant la fabrication d'idées imposées aux individus, il appelait à une libre discussion de tous les tabous du marxisme. Par cette remise en cause fondamentale, il espérait aider le marxisme à mieux s'adapter à son temps. Les réactions du régime ne se firent pas attendre. Exclu du S.E.D. et démis de son mandat de député, Robert Havemann fut renvoyé de l'Université et radié de l'Académie des sciences, malgré l'opposition de cette dernière. Tout déplacement à l'étranger lui fut désormais interdit. Ne pouvant plus publier à l'Est, il réussit à faire passer des manuscrits et des bandes enregistrées en république fédérale d'Allemagne, où ses livres connurent des tirages élevés. L'étau policier ne cessa de se resserrer autour de lui ; il fut mis en résidence surveillée dans sa propre maison en 1976. Robert Havemann acheva sa vie dans un isolement quasi total. Il réussit cependant à apporter son soutien moral au mouvement pacifiste qui se manifestait en R.D.A. depuis 1981.

Un de ses compagnons de détention en 1943-1945 avait été Erich Honecker, membre du Parti communiste sarrois, condamné en 1935 à dix années de prison. Après 1945, Erich Honecker créa le mouvement de la jeunesse (F.D.J.) en République démocratique allemande et, succédant à Walter Ulbricht en 1971, il devint le principal personnage de l'État. C'est sans doute à lui que Robert Havemann doit de ne pas avoir été incarcéré à partir de 1964 dans les prisons de la R.D.A. Les Soviétiques condamnaient ses déviations idéologiques mais ne cachaient pas leur admiration pour ses travaux scientifiques.

La réclusion imposée à Robert Havemann donna une publicité accrue à ses idées. Dans ses articles, ses entretiens avec des journalistes et ses livres, il ne cessa de critiquer la variante prussienne et sclérosée du socialisme, le dogmatisme et la bureaucratie du régime. Il condamnait la toute-puissance du parti et l'emprise de quelques-uns de ses membres sur l'ensemble de la population.

Ce communiste non orthodoxe, opposé à tous les conformismes, voulait concilier le socialisme et la démocratie. Il appelait à la création d'un nouveau parti communiste allemand, et se prononçait pour l'existence d'une opposition parlementaire ainsi que pour de nouveaux rapports entre les individus et la société. Partisan d'un socialisme réel, à visage humain, comme celui du Printemps de Prague, il considérait cependant la R.D.A. comme le meilleur État allemand, car elle avait mis fin à la propriété privée des moyens de production. Il est mort le 9 avril 1982, dans sa maison de Grünheide, située près de Berlin-Est.

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Henri MÉNUDIER, « HAVEMANN ROBERT - (1910-1982) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/robert-havemann/