BURLINGTON RICHARD BOYLE comte de (1694-1753)

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Grand seigneur, protecteur de la culture (Berkeley pour la philosophie, Pope et Swift pour la littérature, Haendel pour la musique) et des beaux-arts dans les premiers temps de l'époque hanovrienne, Richard Boyle fut aussi un créateur et un novateur. Par son œuvre architecturale, indissociable de celle de son ami et collaborateur William Kent (1685-1748), il apparaît comme le plus éminent représentant du style palladien en Angleterre. Plongé très jeune dans milieu des affaires publiques, il devint membre du Conseil privé, puis lord lieutenant du Yorkshire et lord trésorier d'Irlande. En 1714-1715, il fit un premier voyage en France et en Italie du Nord pour parfaire son éducation, inaugurant ainsi le « grand tour » que toute une lignée de gentilshommes anglais allait entreprendre par la suite pendant plus d'un siècle. À son retour, il manifesta son intérêt pour l'architecture en confiant à Colin Campbell la réfection de Burlington House à Londres (vers 1717). Cette collaboration influença Burlington, qui subventionna la publication du Vitruvius britannicus où Campbell reproduisit ses principales œuvres. En 1719, il entreprit un second voyage en Italie dans le but d'étudier les œuvres de Palladio et d'en rapporter des documents : c'est alors qu'il acquit l'ensemble de ses dessins d'après les Thermes antiques. Il revint de Rome avec un jeune peintre anglais qui y poursuivait sa formation : William Kent. Ce dernier, sous son influence, se convertit à l'architecture ; mais il fut surtout l'initiateur d'un nouveau style de jardins où le retour à la nature était associé aux souvenirs italiens et aux citations antiquisantes. Ce fut le début d'une association qui se poursuivit jusqu'à la mort de Kent.

Dans ses premières œuvres : un dortoir pour Westminster School (1721) et Tottenham Park (Wiltshire), tout en s'inspirant d'Inigo Jones et de Campbell, Burlington définit un style original où les différentes parties des bâtiments sont traitées séparément et les articulations nettement soulignées, manière qualifiée de staccato par R. Wittkower.

Mais son œuvre la plus célèbre reste Chiswick House (1720-1725, Middlesex), sa propre maison, qu'il conçut comme une sorte d'académie privée. Voulant faire revivre le modèle antique de la villa suburbaine, il s'inspira plus des dessins de Palladio d'après les Thermes romains que de sa célèbre villa Rotonda, dont il conserva cependant les lignes directrices dans le plan. Le traitement des détails en élévation : dôme, escaliers, variété des façades, prouve une certaine liberté par rapport aux schémas palladiens en même temps qu'une certaine persistance baroque dans le décor architectonique. L'intérieur, extrêmement luxueux, reflète le style développé par Inigo Jones. Le jardin, dessiné par Kent, est l'un des premiers de ce nouveau style appelé à un immense succès dans toute l'Europe de la seconde moitié du xviiie siècle. Chiswick apparaît ainsi comme une sorte de laboratoire architectural où Burlington collectionne les expériences. En 1730, il conçut son autre grande œuvre prototype : les Assembly Rooms de York. Dans le vaste espace rectangulaire central entouré de colonnes, il reprend l'idée de la Salle égyptienne de Vitruve réinterprétée par Palladio, tandis que l'ensemble du plan dérive une fois de plus des reconstitutions des Thermes romains dont il s'occupait, à la même époque, de faire publier les dessins. Holkham Hall 1734, Norfolk) marque le point culminant de la collaboration de Burlington et de Kent. Le principe de différenciation des éléments et du traitement autonome des parties trouve ici un développement immense, tandis que le décor du grand hall d'entrée, avec son abside dérivée des basiliques, est le chef-d'œuvre du premier néo-classicisme anglais.

Chiswick House, Middlesex

Photographie : Chiswick House, Middlesex

Chiswick House, Middlesex (Grande-Bretagne), façade orientale. Architecte : Richard Boyle, comte de Burlington, 1720-1725. 

Crédits : John Bethell/ Bridgeman Images

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Burlington ne fut pas seulement l'initiateur d'un style appelé à une vaste descendance, son rôle de mécène autant que ses créations le désignent comme l'une des figures les plus représentatives de l'époque des Lumières en Angleterre.

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  • : ingénieur au C.N.R.S., enseignante à l'École nationale supérieure d'architecture de Versailles

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Pour citer l’article

Monique MOSSER, « BURLINGTON RICHARD BOYLE comte de (1694-1753) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/richard-burlington/