RHADÉ ou RADAN

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Étudiés en particulier par l'ethnologue français Georges Condominas et objets de différentes monographies dans le bulletin de l'École française d'Extrême-Orient, les Rhadé se répartissent sur un territoire qui va des hauts plateaux du Darlac, dans le sud du Vietnam, jusqu'à l'intérieur du Cambodge. Leur groupe linguistique est malayo-polynésien.

Le village rhadé, situé le plus souvent sur des sommets et près des sources, regroupe en général quelque vingt « longues maisons ». Un grand bosquet de bambous est conservé dans chaque village et représente le bois sacré. La longue maison, construite sur pilotis, est habitée par plusieurs familles nucléaires. Le riz étant la nourriture de base des Rhadé (80 p. 100 de l'alimentation), les sites de culture sont précautionneusement choisis et surveillés à l'aide de devins et en fonction d'un grand nombre de tabous. La moisson est entourée d'un rituel de propitiation complexe. Les Rhadé ne semblent pas connaître la charrue et utilisent la houe tirée par le buffle. Chaque sous-clan possède une aire transmise par la femme la plus âgée de la lignée, appelée po-lan, qui décide alors des différents sacrifices expiatoires. La descendance est matrilinéaire. Les enfants appartiennent au groupe de leur mère. Les gongs, les jarres, le bétail et le paddy sont des propriétés du lignage. Cependant, la propriété familiale demeure aux mains des hommes, ainsi que l'autorité dans les longues maisons. À la mort du chef, son beau-fils ou le mari d'une fille de la sœur de sa femme le remplace. Un homme ne doit avoir aucun contact avec sa belle-mère, il doit éviter sa demeure et doit la traiter avec un respect distant. Les préparatifs du mariage chez les Rhadé sont entamés par la famille de la fille qui demande le garçon en mariage ; une fois le mariage accepté, les deux jeunes promis se doivent d'échanger des cadeaux. Les clans matrilinéaires rhadé sont strictement exogames et toute rupture du tabou de l'inceste est sanctionnée par le sacrifice d'un buffle blanc. La résidence est matrilocale et l'héritage est aux mains des femmes. Lors de la mort du mari, les règles du sororat s'appliquent, en particulier le plus jeune frère se doit de prendre la veuve comme femme ; si le remplaçant est trop jeune, la femme est libre de choisir son amant ; en outre, suivant la coutume rhadé, une femme âgée prenant un mari jeune doit lui fournir une concubine pour lui assurer la descendance. Avant l'arrivée des Français, les villages étaient plus ou moins indépendants, ils étaient dirigés par une oligarchie de familles. Un des recueils de poèmes épiques rhadé, Le Chant de Damsan, daté du xviie siècle, illustre cette organisation sociale.

L'esprit le plus vénéré chez les Rhadé est Ae Die, le seigneur du ciel ; il intervient en permanence lors des rituels agraires. Sa sœur Dung Dai est l'esprit protégeant le paddy, et son mari Ae Du, assistant de Ae Die, est associé à la répartition du paddy. La terre est également peuplée d'esprits errants redoutables qui nécessitent des rituels de magie défensive. Les constructions des maisons sont accompagnées d'innombrables cérémonies : ainsi, les pilotis sont enduits de sang de poulet, et le terme de bambou mâle ou femelle correspond à une place exacte dans l'architecture. La maison construite, un buffle ou un porc est sacrifié.

Le riz, sur le plan religieux, détient une importance considérable, il est entouré d'une symbolique et d'un rituel précis. Une grande partie des animaux prédateurs étant considérés comme ennemis des âmes du riz, ils se doivent d'être écartés grâce à des rites magiques variés. À travers les « mythes d'origine » rhadé, on retrouve l'histoire des premières migrations malayo-polynésiennes vers le Vietnam, en provenance de l'archipel indonésien.

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JARAÏ

  • Écrit par 
  • Yvan BARBÉ
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Le pays jaraï est situé sur le plateau de Darlac dans le sud du Vietnam ; Pleiku en est la ville principale. S'étendant à l'intérieur du Cambodge à l'ouest, il est contigu au pays rhadé au sud. La langue jaraï, parlée par 325 000 personnes, fait partie du groupe linguistique malayo-polynésien. On peut diviser l'ethnie jaraï en plusieurs sous-groupes : Habau, Hodung, Sesau, Chu Ty et Plei Ky. Les m […] Lire la suite

Pour citer l’article

Yvan BARBÉ, « RHADÉ ou RADAN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rhade-radan/